Covid long : et si ce n'était pas une seule maladie, mais plusieurs ?
L’ESSENTIEL Les causes du Covid long, un syndrome post-infectieux qui affecte des millions de personnes dans le monde, demeurent mal comprises ; Des travaux récents suggèrent que deux mécanismes pourraient participer au Covid long : une anomalie dans la formation de nouveaux vaisseaux sanguins et une inflammation de leur paroi interne ; Cibler une molécule intervenant dans la formation des vaisseaux sanguins pourrait améliorer certains symptômes du Covid long. Un essai clinique baptisé BASECOVID est en cours de lancement pour tester cette hypothèse.
Le Covid long, ou syndrome post-Covid-19, est une complication chronique reconnue qui apparaît après une infection par le coronavirus SARS-CoV-2. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), il se caractérise par la persistance, la récidive ou l’apparition de symptômes trois mois après l’infection initiale, durant au moins deux mois, sans autre diagnostic explicatif. Ce syndrome touche potentiellement plusieurs millions de personnes dans le monde et affecte leur qualité de vie, leur activité professionnelle et leur autonomie. Ses symptômes sont variés : fatigue intense, intolérance à l’effort, essoufflement, douleurs thoraciques, palpitations, troubles cognitifs (brain fog), dysfonctionnements du système nerveux autonome, douleurs musculaires ou articulaires, troubles du sommeil, symptômes digestifs et manifestations anxiodépressives. À ce jour, aucun traitement spécifique n’a prouvé son efficacité pour guérir le Covid long, et la prise en charge repose sur une approche multidisciplinaire (évaluation clinique, traitement symptomatique, rééducation, accompagnement psychologique).
Les causes exactes du Covid long restent mal comprises, mais plusieurs facteurs de risque ont été identifiés : être de sexe féminin, un âge avancé, une obésité, le tabagisme, des comorbidités (hypertension, diabète, maladies cardiovasculaires) ou encore la sévérité de l’infection initiale. Cependant, le Covid long peut aussi toucher des personnes jeunes et en bonne santé. Les mécanismes en jeu sont probablement multifactoriels : persistance du virus ou de ses fragments (antigènes), dérégulation chronique du système immunitaire, ou encore des dysfonctionnements vasculaires. Parmi les hypothèses explorées, certaines études suggèrent que le virus pourrait endommager les vaisseaux sanguins, ce qui expliquerait certains symptômes persistants.
Des recherches récentes ont identifié deux mécanismes impliquant les vaisseaux sanguins qui pourraient contribuer au Covid long. Le premier est une inflammation de la paroi interne des vaisseaux sanguins (appelée endothéliopathie inflammatoire). Cette couche de cellules, normalement au repos et anti-inflammatoire, devient pro-inflammatoire et procoagulante, favorisant la formation de micro-caillots et des complications thromboemboliques. Le second mécanisme est une formation anormale de nouveaux vaisseaux sanguins (angiogenèse pathologique), notamment dans les poumons, ce qui perturbe la circulation sanguine. Ces deux processus pourraient expliquer des symptômes comme l’essoufflement ou la fatigue persistante.
Les chercheurs ont cherché à établir un lien entre ces mécanismes vasculaires et les symptômes du Covid long. Leurs travaux ont montré que des biomarqueurs (molécules témoins de ces dysfonctionnements) persistent dans le sang des patients atteints de Covid long. Par exemple, une protéine appelée VEGF-A (facteur de croissance de l’endothélium vasculaire A) est associée à une diminution de la capacité pulmonaire et à des anomalies visibles au scanner thoracique. Une autre étude a révélé que les cellules endothéliales circulantes (des cellules détachées de la paroi des vaisseaux, signe d’une souffrance vasculaire) sont plus élevées chez les patients souffrant de fatigue chronique. Ces résultats suggèrent que certains symptômes pourraient être liés à des formes spécifiques de dysfonction vasculaire.
Les découvertes récentes renforcent l’idée que le Covid long n’est pas une maladie unique, mais un ensemble de syndromes aux mécanismes différents. Selon les patients, la persistance virale, une dérégulation immunitaire ou des dysfonctionnements vasculaires pourraient prédominer, expliquant la diversité des symptômes. Par exemple, certains patients souffriraient davantage de problèmes respiratoires liés à l’angiogenèse pathologique, tandis que d’autres présenteraient une fatigue chronique due à une inflammation persistante des vaisseaux. Cette diversité pourrait s’expliquer par des facteurs génétiques, l’âge, le sexe, des comorbidités ou la sévérité initiale de l’infection. Une médecine plus personnalisée, basée sur l’identification de biomarqueurs, pourrait permettre de mieux cibler les traitements.
Pour tester l’hypothèse d’un lien entre les dysfonctionnements vasculaires et le Covid long, un essai clinique nommé BASECOVID est actuellement en cours à l’Hôpital européen Georges-Pompidou (HEGP). Cet essai évalue l’efficacité et la tolérance d’un traitement ciblant le VEGF-A, une molécule impliquée dans la formation anormale de vaisseaux sanguins. L’objectif est de déterminer si l’inhibition de cette molécule peut améliorer les symptômes respiratoires des patients atteints de Covid long. Les résultats pourraient ouvrir la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques, adaptées à des profils biologiques spécifiques.
Les chercheurs s’interrogent sur l’existence de mécanismes communs entre le Covid long et d’autres syndromes post-infectieux, comme ceux observés après une mononucléose (virus d’Epstein-Barr), une grippe sévère ou une infection par le virus Ebola. Ces syndromes partagent des symptômes similaires (fatigue chronique, intolérance à l’effort, troubles cognitifs), ce qui suggère qu’une altération des vaisseaux sanguins pourrait être un mécanisme sous-jacent commun. Si cette hypothèse se confirme, les avancées réalisées dans le cadre du Covid long pourraient bénéficier à d’autres maladies post-virales, améliorant ainsi la prise en charge de millions de patients dans le monde.

