Noël Godin, crème et châtiment
Noël Godin, dit "Georges Le Gloupier", écrivain et provocateur belge (1945-2026), visage de l'anarchisme joyeux et de la contestation par le rire, revendiqua l'entartage comme geste critique visant l'arrogance des puissants et des célébrités. Au programme : humour potache, subversion et dérision !.
Noël Godin, surnommé l'Entarteur, était un écrivain et provocateur belge né le 13 septembre 1945 à Liège et décédé le 23 août 2026 à Bruxelles. Figure majeure de l'anarchisme joyeux, il a marqué l'histoire par son usage de la crème pâtissière ou de la Chantilly comme arme de contestation contre les puissants et les célébrités. Son approche, à la fois ludique et subversive, visait à dénoncer l'arrogance des élites par l'humour et la dérision. Godin incarnait une forme de résistance par le rire, mêlant érudition et provocations potaches. Son physique, marqué par une calvitie et une démarche maladroite, contrastait avec son langage riche et grandiloquent, souvent comparé à une pièce montée.
L'entartage désigne l'acte de lancer une tarte à la crème sur une personne, généralement une personnalité publique. Pour Noël Godin, cette pratique était un geste politique et artistique, une manière de cueillir la joie tout de suite en sabotant symboliquement les figures de pouvoir. Il a ciblé des personnalités variées, allant d'intellectuels comme Bernard-Henri Lévy (qu'il a entarté à dix reprises) à des hommes politiques comme Nicolas Sarkozy ou Jean-Pierre Chevènement, en passant par des artistes comme Jean-Luc Godard ou Maurice Béjart. Même Bill Gates, l'homme le plus riche du monde à l'époque, a été victime de ses jets de crème. Godin revendiquait cette pratique comme une forme de guérilla de la farce, une alternative aux révoltes traditionnelles jugées trop sérieuses ou inefficaces.
Noël Godin a commencé sa carrière de perturbateur dès 1968 à l'Université de Liège, où il a déversé de la colle sur la tête d'un professeur lié à la dictature salazariste au Portugal. En 1969, il passe à l'entartage en couvrant Marguerite Duras de crème à l'Université de Louvain. Ces actions, bien que perçues comme des canulars, reflétaient une volonté de remettre en cause les institutions et les figures d'autorité. Son obsession pour Bernard-Henri Lévy, qu'il a commencé à cibler bien plus tard, illustre cette quête de provoquer les élites intellectuelles et médiatiques. Godin a toujours assumé son rôle de tueur à gags, combinant humour et subversion pour dénoncer les abus de pouvoir.
Noël Godin se distinguait par son apparence physique, souvent décrite comme celle d'un Cro-Magnon avec une touche de koala, et par son langage exubérant, qualifié de luxuriant et grandiloquent. Il affectionnait les mots rares et les phrases alambiquées, transformant chaque intervention en une performance théâtrale. Son humour était à la fois absurde et dérisoire, loin des militants traditionnels qu'il critiquait pour leur manque de fantaisie. Godin incarnait une forme de libertaire joyeux, refusant les contraintes et prônant une révolte par le plaisir. Sa devise, Que qui peut puisse, résumait cette philosophie de l'action sans limites et sans remords.
Noël Godin est décédé le 23 août 2026 à Bruxelles, à l'âge de 80 ans. Sa disparition a marqué la fin d'une époque où la contestation passait par l'humour et la dérision. Godin a laissé derrière lui une œuvre protéiforme, mêlant écrits, performances et actions directes. Son approche, bien que souvent moquée ou minimisée, a inspiré des générations de militants et d'artistes pour qui la révolte devait aussi rimer avec joie et fantaisie. Avec lui, une certaine forme de *truculence* a disparu, rappelant que la subversion peut prendre des chemins inattendus et décalés. Son héritage reste celui d'un homme qui a su transformer la colère en spectacle et la critique en fête.

