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Maintien de l’ordre, une histoire française : Maîtriser les foules

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 15 j

À partir des années 1920, une force militaire mobile spécialisée dans le maintien de l'ordre voit le jour. De la garde républicaine mobile dans l'entre-deux-guerres à la gendarmerie mobile des années 1970, son histoire témoigne d'une évolution de la conception du maintien de l'ordre au 20ᵉ siècle..

Origines du maintien de l'ordre

Dès les années 1920, la France crée une force militaire spécialisée dans le maintien de l’ordre, appelée garde républicaine mobile (GRM). Cette initiative s’inscrit dans une volonté de professionnaliser la réponse aux troubles sociaux. Avant cela, des troupes mobiles existaient de manière ponctuelle au 19ᵉ siècle, intervenant en renfort lors de crises. En 1906, le ministre de l’Intérieur Georges Clemenceau propose une gendarmerie mobile dédiée, mais le projet échoue. En 1917, Clemenceau relance l’idée et des sections de gendarmes mobiles sont formées pour maintenir l’ordre pendant la Première Guerre mondiale. Après le conflit, ces sections deviennent des pelotons, puis sont officiellement reconnues par la loi en 1921. La GRM est officiellement créée en 1926, marquant le début d’une approche structurée du maintien de l’ordre en France.

Objectifs et méthodes

La GRM est conçue pour remplacer les forces non spécialisées dans le maintien de l’ordre, souvent accusées de répression excessive. Son caractère militaire et mobile lui permet d’intervenir rapidement, même dans des situations critiques. Les militaires logent dans des casernes, parfois avec leurs familles, et portent un uniforme martial incluant un casque. Cependant, leur équipement reste limité : leurs revolvers et mousquetons ne sont généralement pas chargés lors des interventions. Cette insuffisance est illustrée par la manifestation du 6 février 1934, qui dégénère en émeute avec un lourd bilan humain. En 1930, l’Instruction sur le maintien de l’ordre est publiée, définissant des techniques spécifiques pour ce métier. Ce texte souligne l’importance d’adapter la force à la violence des protestataires, marquant une évolution vers une approche plus mesurée.

Rôle pendant la Seconde Guerre mondiale

En 1939, deux tiers des militaires de la GRM sont détachés vers l’armée pour participer aux combats. Après l’armistice de juin 1940, la GRM est dissoute en zone occupée et renommée Garde en zone libre. Contrairement à sa mission initiale de maintien de l’ordre, cette Garde se concentre sur la répression de la Résistance et participe à la persécution des Juifs, notamment leur déportation. Cette période illustre une dérive de son rôle initial, où l’ordre public est instrumentalisé dans un contexte autoritaire.

Réorganisation post-Seconde Guerre mondiale

Après la Libération en 1945, la GRM est remplacée par une nouvelle garde républicaine, tandis que les compagnies républicaines de sécurité (CRS) sont créées pour des missions similaires. En 1954, la garde républicaine prend le nom de gendarmerie mobile (GM). Cependant, ses effectifs sont réduits par rapport à ceux de la GRM d’avant-guerre, limitant sa capacité d’intervention. Une partie des militaires est également mobilisée pour les guerres de décolonisation, réduisant encore ses ressources pour le maintien de l’ordre en métropole. Les grèves de 1947 et 1948 entraînent une modernisation de l’équipement, avec l’introduction de grenades lacrymogènes et de tactiques offensives pour éviter les contacts directs avec les manifestants.

Mai 68 et modernisation

Lors des événements de Mai 68, la gendarmerie mobile intervient pour le maintien de l’ordre, mais son équipement et ses méthodes se révèlent inadaptés. Les effectifs réduits et les techniques dépassées aggravent les tensions. Cet épisode marque un tournant : face à l’échec, l’uniforme, les armes et la formation des militaires sont modernisés. Malgré ces améliorations, des comportements brutaux persistent, et des missions de maintien de l’ordre restent marquées par des échecs ou des violences. Tout au long du 20ᵉ siècle, la gendarmerie mobile joue un rôle central dans la pacification des conflits, tout en devant constamment s’adapter aux évolutions sociales et politiques.

Ce que ça pourrait changer

Pour mieux comprendre l’histoire de la gendarmerie mobile, plusieurs ouvrages sont recommandés. Jean-Noël Luc, professeur d’histoire contemporaine à Sorbonne Université, a dirigé plusieurs publications, dont *Gendarmerie mobile et maintien de l’ordre. XIXᵉ-XXIᵉ siècle* (2025) et *Histoire des gendarmes, de la maréchaussée à nos jours* (2016). Laurent López, chercheur au Centre de recherche de la gendarmerie nationale, a également contribué à ces travaux. Le 3 novembre 2026, il animera une conférence aux Archives départementales des Landes sur le rôle de la 7ᵉ brigade mobile dans le Sud-Ouest pendant l’entre-deux-guerres. Ces ressources offrent des analyses détaillées sur l’évolution des forces de maintien de l’ordre en France.

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