Avec « Dégel », Manuela Martelli revisite les spectres du Chili
Trois ans après son premier film, "Chili 1976", la réalisatrice chilienne Manuela Martelli poursuit l’exploration de son pays, qui n’a pas fini de régler ses comptes avec la dictature..
La réalisatrice chilienne Manuela Martelli, connue pour son précédent film Chili 1976 sorti en 2023, poursuit son exploration des traumatismes liés à la dictature militaire au Chili. Son nouveau film, Dégel, s'inscrit dans une démarche de mémoire collective en abordant les séquelles de la période de la dictature d'Augusto Pinochet, qui a gouverné le pays de 1973 à 1990. Ce contexte historique est crucial pour comprendre les thèmes du film, notamment la difficulté à surmonter un passé marqué par la violence politique et les disparitions forcées.
L'image inaugurale du film montre un iceberg transporté par le Chili à Séville en 1992 pour l'Exposition universelle. Cette métaphore illustre la stratégie chilienne de l'époque : présenter une façade lisse et moderne au monde tout en cachant les traumatismes profonds liés à la dictature. L'iceberg, bloc de glace impénétrable, symbolise un pays figé dans le silence et les non-dits, incapable de faire face à son passé. Cette image sert de fil rouge pour aborder la difficulté du Chili à se libérer des fantômes de son histoire récente.
L'histoire de Dégel se déroule dans une station de ski isolée du Chili, où Inès, une jeune fille, vit entre l'hôtel familial et les forêts enneigées. Son ennui et sa solitude sont interrompus par la rencontre avec une jeune skieuse allemande, dont la disparition soudaine transforme le récit en un thriller paranoïaque. Ce basculement narratif reflète la quête de vérité et la levée progressive de l'omerta qui pèse sur le Chili depuis la fin de la dictature. La disparition de la skieuse allemande évoque également les disparitions forcées de la période Pinochet, un thème central dans la mémoire chilienne.
Manuela Martelli place les femmes et la jeunesse au cœur de son récit. Ces personnages, souvent perçus comme des cibles de l'aliénation physique et psychique sous la dictature, deviennent paradoxalement les agents de changement. Leur capacité à briser l'inertie collective symbolise l'espoir d'une société chilienne capable de se confronter à ses fantômes. Le film souligne ainsi le rôle subversif des nouvelles générations dans la remise en question des silences imposés par le passé.
Le film sort à un moment où le Chili voit resurgir les spectres de son passé, notamment avec le retour de l'extrême droite au pouvoir. Cette situation politique ajoute une urgence à la réflexion proposée par Dégel, qui agit comme un rappel nécessaire des traumatismes non résolus. La réalisatrice met en lumière la précarité de la liberté acquise après la dictature et la fragilité des avancées démocratiques face aux reculs politiques actuels.
*Dégel* est produit par Les Films du Losange et sortira en salles le 26 août 2026. Le film dure 1 heure et 48 minutes. Cette production s'inscrit dans une continuité artistique pour Manuela Martelli, qui utilise le cinéma comme outil de mémoire et de réflexion sur l'histoire contemporaine du Chili. Le film est distribué en France, où il s'adresse à un public intéressé par les récits historiques et politiques, ainsi que par les métaphores cinématographiques.

