Avec « Dégel », Manuela Martelli revisite les spectres du Chili
Avec Dégel, Manuela Martelli prolonge son exploration des traumatismes chiliens en transformant une station de ski isolée en laboratoire métaphorique où se jouent les tensions entre mémoire refoulée et liberté précaire. Son film, à la croisée du thriller et du drame historique, interroge comment une société gère l’héritage d’une dictature, alors que les fantômes du passé resurgissent sous les traits d’une extrême droite de retour au pouvoir.
Quel rôle joue la métaphore de la fonte des glaces dans Dégel ?
La fonte des glaces symbolise la levée progressive de l’omerta chilienne, où les silences imposés par la dictature commencent à se fissurer. Martelli utilise cette image pour illustrer un pays qui, après des décennies de mutisme, affronte enfin ses disparus et ses responsabilités, tout en soulignant la fragilité de cette libération.
Pourquoi la réalisatrice place-t-elle les femmes et la jeunesse au cœur de son récit ?
Martelli fait des femmes et des jeunes les figures subversives d’un système qui les a longtemps réduites au silence. Leur présence centrale dans le film reflète leur rôle historique au Chili : à la fois victimes d’une aliénation politique et sociale, et actrices d’une possible rupture avec l’inertie collective héritée de la dictature.
En quoi Dégel s’inscrit-il dans la continuité de Chili 1976, premier long-métrage de Martelli ?
Les deux films forment une diptyque sur la mémoire chilienne, mais Dégel élargit le cadre en intégrant une dimension internationale, notamment à travers le parallèle avec la réunification allemande. Martelli y approfondit sa réflexion sur les mécanismes de refoulement et les conditions d’une réconciliation nationale, tout en ancrant son propos dans une actualité politique troublée.
Ce que ça pourrait changer
Ce film pourrait devenir un miroir tendu vers une société chilienne confrontée à ses démons, alors que l’extrême droite regagne du terrain. Il rappelle aussi que les processus de vérité et de justice, même entamés, restent fragiles et réversibles, surtout dans un contexte où l’histoire est instrumentalisée. Pour le cinéma latino-américain, Dégel confirme l’émergence d’une génération de réalisateurs qui transforment les traumatismes nationaux en récits universels, capables de résonner au-delà des frontières.

