Radios communautaires au Honduras : continuer après les assassinats de journalistes
En 2020, la radio communautaire Savia perd l'un de ses animateurs. Marvin Damián avait 29 ans quand il a été assassiné.
En juillet 2020, Marvin Damián, un animateur de 29 ans de la radio communautaire Savia au Honduras, est assassiné. L'enquête n'a jamais été menée par la police, et Marvin a été enterré sans cérémonie. Cet événement marque un tournant dans l'histoire de la radio, déjà ciblée pour son rôle dans la défense des droits humains et de l'environnement. Marvin Damián était une figure emblématique de Savia, une station qui aborde des sujets sensibles comme la déforestation, le trafic de drogue ou les projets miniers controversés. Son meurtre illustre la violence persistante contre les journalistes dans ce pays d'Amérique centrale, où l'impunité est fréquente.
Après l'assassinat de Marvin Damián, la radio Savia a été placée sous protection par la Cour interaméricaine des droits de l'homme, une institution judiciaire internationale qui veille au respect des droits humains en Amérique. Deux policiers armés surveillent désormais l'entrée de la station pour prévenir d'éventuelles attaques. Malgré cette mesure, German Chirino, le directeur de la radio, souligne que ces protections ne suffisent pas à stopper les menaces et les intimidations. La radio doit continuer son travail dans un climat de peur constant, où les journalistes risquent leur vie pour informer.
Les journalistes de Radio Savia, comme Claudia Aguilar, vivent dans une insécurité permanente. Claudia, mère célibataire de deux enfants, a vu sa vie basculer après la mort de son collègue. Elle doit prendre des précautions extrêmes pour éviter d'être repérée : elle ne communique jamais sa localisation en direct, utilise des messages codés avec ses enfants et quitte parfois son domicile pour se protéger. Malgré tout, elle refuse de se taire, car pour elle, le silence équivaudrait à une trahison des injustices subies par les femmes et les communautés locales. Son combat est aussi une lutte contre le machisme ambiant au Honduras.
Radio Savia joue un rôle crucial dans une région marquée par la présence de groupes criminels impliqués dans la déforestation illégale, le trafic de bois et de drogue. La station aborde des sujets tabous, comme les projets miniers qui menacent l'environnement et les droits des populations locales. En s'opposant à ces activités, la radio devient une cible pour les puissants intérêts économiques et criminels. Son travail est essentiel pour informer les communautés et défendre leurs droits, mais cela se fait au prix d'un risque permanent pour ses animateurs.
Malgré les assassinats, les menaces et l'impunité, les journalistes de Radio Savia continuent leur mission. Pour eux, informer est un devoir, même si cela implique de vivre dans la peur. Claudia Aguilar incarne cette résistance : elle refuse de renoncer à son combat pour la justice et les droits des femmes, malgré les dangers. Leur persévérance montre l'importance des médias communautaires dans des régions où les voix indépendantes sont souvent étouffées par la violence et la corruption. Leur travail rappelle aussi l'urgence de protéger les défenseurs des droits humains et de l'environnement.

