La mémoire des vaincus : histoires intimes de la guerre d'Espagne 6/25 : Les treize roses rouges de Madrid
Le 5 août 1939 à Madrid, quelques mois après la fin de la guerre, treize jeunes filles sont fusillées par les franquistes. C'est à elles, entrées dans l'histoire sous le nom "Treize Roses Rouges", qu'est consacré cet épisode..
Le 5 août 1939 à Madrid, treize jeunes filles sont exécutées par fusillade par les forces franquistes. Ces jeunes femmes, âgées de 18 à 29 ans pour la plupart, sont entrées dans l’histoire sous le nom des Treize Roses Rouges. Leur exécution survient quelques mois seulement après la fin officielle de la guerre d’Espagne (1936-1939), remportée par les nationalistes de Franco. À cette date, la victoire des franquistes est déjà acquise, ce qui rend leur mort d’autant plus symbolique. Leur destin tragique incarne la répression brutale exercée par le régime franquiste contre ses opposants, même après la fin des combats. Leur mémoire est devenue un symbole fort de la résistance au fascisme en Espagne.
La guerre d’Espagne (1936-1939) oppose les républicains, soutenus par une partie de la population et des brigades internationales, aux nationalistes menés par le général Francisco Franco. En 1939, les nationalistes remportent la victoire et instaurent une dictature qui durera jusqu’à la mort de Franco en 1975. Dès la fin de la guerre, le régime franquiste lance une répression systématique contre les opposants, notamment les militants de gauche, les syndicalistes et les républicains. Les Treize Roses Rouges font partie de ces victimes, exécutées pour leur engagement présumé dans des organisations de résistance ou leur soutien aux républicains. Leur exécution illustre la violence du franquisme, qui cherche à écraser toute opposition, même symbolique.
Avant les années 2000, l’histoire des Treize Roses Rouges était surtout connue comme un récit légendaire, transmis oralement par les familles des victimes et les militants antifranquistes. Ce n’est qu’au début du XXIe siècle que des travaux historiques, comme ceux de l’écrivain et journaliste Carlos Fonseca, ont permis de documenter précisément leur destin. Ces recherches ont révélé des détails sur leur vie, leur engagement et les circonstances de leur arrestation et de leur exécution. Leur histoire, initialement floue, est ainsi passée du statut de mythe à celui de symbole national de la résistance au franquisme, notamment grâce à des livres et des émissions comme celle de Patrick Pépin en 2004.
Les Treize Roses Rouges sont devenues un symbole puissant de la lutte contre le fascisme en Espagne. Leur nom, inspiré par la couleur rouge souvent associée au socialisme et à la résistance, évoque à la fois leur jeunesse et leur engagement politique. Leur exécution, bien que peu médiatisée à l’époque, a été reprise par les mouvements de mémoire historique pour illustrer l’ampleur de la répression franquiste. Leur histoire est aujourd’hui enseignée dans les écoles espagnoles et commémorée chaque année, notamment au cimetière de La Almudena à Madrid où un mémorial leur est dédié. Leur destin rappelle l’importance du devoir de mémoire pour honorer les victimes des régimes autoritaires.
Le cas des Treize Roses Rouges illustre l’importance du travail de mémoire pour comprendre les violences du XXe siècle. Depuis les années 1990-2000, des historiens et des journalistes comme Carlos Fonseca ont mené des enquêtes pour reconstituer leur parcours, leurs liens avec les organisations républicaines et les circonstances de leur arrestation. Ces recherches ont permis de sortir leur histoire de l’oubli et de lui donner une place centrale dans la mémoire collective espagnole. Leur récit est désormais utilisé pour éduquer les nouvelles générations sur les dangers des dictatures et l’importance de la démocratie. Leur mémoire sert aussi à interroger les responsabilités de l’État espagnol dans la répression franquiste.
L’épisode des *Nuits de France Culture* diffusé le 2 août 2004, intitulé *Les treize roses rouges de Madrid*, est consacré à leur histoire. Réalisé par Christine Diger, ce documentaire s’appuie sur des archives de l’INA et de Radio France, ainsi que sur des témoignages de l’écrivain Jorge Semprun et du journaliste Carlos Fonseca. L’émission retrace leur vie, leur engagement et leur exécution, en s’appuyant sur des sources historiques et des récits personnels. Elle contribue à populariser leur histoire en France et à l’international, en faisant d’elles un symbole universel de la lutte contre l’oppression. Cette émission est aujourd’hui considérée comme une référence pour comprendre leur destin.

