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Géopolitique

Et si la philosophie se révélait plus nuisible qu’utile ?

Courrier International · mis à jour 26 sept.

Honnis depuis Platon, les sophistes comprenaient peut-être mieux le monde réel, soutient l’auteur mexicain David Toscana, dans le magazine “Letras libres”. Chaque semaine, “Courrier international” vous propose un billet qui soulève des interrogations sur notre condition moderne en s’appuyant sur des œuvres littéraires, scientifiques et, bien sûr, philosophiques..

Philosophie vs réalité

L’article interroge l’utilité de la philosophie en s’appuyant sur l’œuvre de Cervantès, Don Quichotte, et une analyse de l’écrivain mexicain David Toscana. Cervantès y critique Aristote, figure centrale de la philosophie occidentale, en le présentant comme un penseur déconnecté de la réalité. Dans le roman, le personnage de Don Quichotte utilise des phrases alambiquées inspirées d’Aristote, illustrant selon Toscana l’absurdité de mobiliser la philosophie pour résoudre des problèmes concrets. Cervantès suggère que les sophistes, souvent méprisés par Platon, comprenaient mieux le monde réel que les philosophes traditionnels. Cette opposition entre philosophie (recherche de la vérité absolue) et sophisme (art de convaincre par des arguments trompeurs) sert de fil rouge à l’article.

Sophistes et pragmatisme

Les sophistes, enseignants grecs de l’Antiquité, étaient des rhéteurs qui vendaient leur savoir pour gagner des débats, souvent sans se soucier de la vérité. Contrairement aux philosophes comme Platon ou Aristote, qui cherchaient des réponses universelles, les sophistes privilégiaient l’efficacité immédiate et l’adaptation aux situations. David Toscana, dans son analyse, suggère que cette approche pragmatique pourrait être plus utile que la philosophie traditionnelle pour naviguer dans le monde moderne. L’article cite l’exemple d’une veuve riche dans Don Quichotte, qui justifie son choix amoureux par une logique personnelle plutôt que par des principes philosophiques, montrant ainsi une forme de sagesse pratique.

Critique de la philosophie

L’auteur remet en question l’idée que la philosophie est toujours bénéfique. Il souligne que les grands penseurs comme Aristote ou Platon, bien que respectés, peuvent compliquer la compréhension du monde plutôt que de l’éclairer. Cervantès, à travers son personnage Don Quichotte, illustre cette idée en montrant comment l’érudition peut devenir un obstacle à la clarté. Toscana va plus loin en suggérant que la philosophie, lorsqu’elle est mal utilisée, peut nuire en brouillant les pistes ou en justifiant des raisonnements fallacieux. L’article évoque aussi une caricature de Boligan, publiée dans le journal El Universal au Mexique, qui résume cette idée : « La philosophie est une activité passionnante, mais il n’est pas nécessaire de la mobiliser à chaque instant de l’existence, car souvent elle contrarie plus qu’elle n’aide ».

Ce que ça pourrait changer

L’article est une traduction d’un texte publié dans *Letras Libres*, une revue littéraire mexicaine et espagnole fondée en 1999 par l’historien Enrique Krauze. Cette revue, plutôt conservatrice, aborde des questions artistiques, politiques et sociales contemporaines. Le texte original, intitulé *« Más sofismo que filosofía »* (« Plus de sophisme que de philosophie »), a été écrit par David Toscana et traduit par Anna Kerautret. L’article s’inscrit dans une série de Courrier international intitulée *« La pilule philosophique »*, qui explore des interrogations sur la condition moderne à travers la littérature, la science et la philosophie.

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