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Culture

Matrimoine : dans les festivals, l’histoire du cinéma se réécrit

Trois Couleurs · mis à jour il y a 4 j

Le « matrimoine » était à l’honneur du dernier Festival La Rochelle Cinéma, essaimé de superbes films de réalisatrices injustement oubliées par l’histoire, tous redécouverts en avant-première. Ce bonheur est aussi le fruit d’un travail rigoureux, résolument féministe, de la part de chercheuses et programmatrices.

Femmes réalisatrices oubliées

L’article met en lumière plusieurs réalisatrices peu connues du grand public, comme Paula Delsol, Leida Laius, Gertrud Pinkus ou Nouchka van Brakel. Leurs noms ont été mis en avant lors du FEMA, un festival de cinéma à La Rochelle. Ces cinéastes ont marqué l’histoire du cinéma, notamment dans les années 1960-1970, mais leur travail a souvent été éclipsé par celui de leurs homologues masculins. Par exemple, La Dérive (1964) de Paula Delsol, un film subversif abordant des thèmes comme la liberté sexuelle et la maternité non désirée, a été interdit aux moins de 18 ans pour amoralité à sa sortie. Malgré des critiques unanimes, le film n’a attiré que 100 000 spectateurs, un chiffre modeste pour l’époque, et a sombré dans l’oubli peu après.

Contexte historique

Dans les années 1960, le cinéma français était dominé par des réalisateurs comme François Truffaut ou Jean-Luc Godard, associés à la Nouvelle Vague. Pourtant, des femmes comme Paula Delsol ont émergé avec des œuvres audacieuses. La Dérive a été tourné dans ce contexte et partage des thèmes similaires à ceux des films de la Nouvelle Vague, comme la quête de liberté. Cependant, les réalisatrices de cette époque ont souvent dû surmonter des obstacles majeurs : manque de financement, pression sociale, et marginalisation. Par exemple, Paula Delsol a financé son film grâce à l’héritage de son père, car les producteurs la boudaient. Elle a même ouvert un salon d’esthétique pour subvenir à ses besoins avant de se séparer de son mari, chef opérateur, après la sortie du film.

Réhabilitation des films

Des initiatives comme le FEMA ou des associations comme Loreley Films (créée en 2024) œuvrent pour restaurer et faire redécouvrir des films réalisés par des femmes. Par exemple, Le plus grand mérite de la femme est son silence (1980) de Gertrud Pinkus, une docufiction sur le quotidien d’une immigrée italienne, a été présenté à La Rochelle après avoir été oublié pendant des décennies. Ces projets s’accompagnent parfois d’ateliers pour combler les lacunes de l’histoire du cinéma, comme des sessions de contribution à Wikipédia, où seulement 20 % des biographies concernent des femmes. Ces ateliers permettent de rendre visibles des réalisatrices et leurs œuvres, souvent absentes des archives ou des médias.

Obstacles persistants

Malgré les efforts de restauration et de programmation, de nombreux films restent inaccessibles en raison de la négligence des archives ou de la perte de copies. Par exemple, lors d’une rétrospective à la Cinémathèque sur les cinéastes françaises des années 1960-1970, plusieurs copies étaient dans un état déplorable. De plus, certaines réalisatrices ont dû abandonner leur carrière pour se consacrer à leur vie familiale, comme Paula Delsol, qui a mis fin à sa carrière après son mariage avec un producteur influent. Ces obstacles illustrent les défis structurels auxquels les femmes cinéastes ont été confrontées, notamment l’accès limité au matériel et aux financements.

Rôle des festivals

Les festivals, comme le FEMA ou ceux organisés par des ciné-clubs féministes comme Maestra à Montreuil, jouent un rôle clé dans la réécriture de l’histoire du cinéma. Ils permettent de projeter des films oubliés et de sensibiliser le public à leur existence. Par exemple, Sois belle et tais-toi ! (1976) de Delphine Seyrig a été restauré par la Bibliothèque nationale de France (BnF) en collaboration avec le Centre audiovisuel Simone de Beauvoir. Ces initiatives montrent qu’une nouvelle cinéphilie émerge, prête à explorer des pans méconnus de l’histoire du cinéma et à briser les frontières d’une narration traditionnelle, souvent dominée par des hommes.

Ce que ça pourrait changer

L’article souligne que des progrès sont possibles grâce au travail des cinémathèques, des archives et d’organismes comme *The Film Foundation*. Ces structures restaurent des films de réalisatrices comme Sarah Maldoror ou Yvonne Rainer, permettant au public de les redécouvrir. Par exemple, *La Dérive* sortira en janvier 2027 en version restaurée 4K, offrant une seconde vie à ce film emblématique. Cependant, des défis persistent, comme le blocage des droits d’un autre film de Paula Delsol, *Ben et Bénédict* (1977), qui raconte l’histoire d’une femme avortée illégalement. Ces exemples montrent que la réécriture de l’histoire du cinéma est un processus en cours, nécessitant des efforts collectifs pour rendre justice aux réalisatrices oubliées.

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