Rapetissons-nous vraiment en vieillissant ?
Dans sa rubrique “Est-il vrai que… ?” le quotidien britannique “The Guardian” tente de répondre aux questions que l’on s’est toutes et tous déjà posées. Cette semaine, nous apprenons qu’il est possible de ralentir les pertes osseuse et musculaire, même si elles sont inévitables..
Oui, les humains rapetissent avec l’âge, et ce phénomène est scientifiquement confirmé. Selon Adam Taylor, professeur d’anatomie à l’université de Lancaster au Royaume-Uni, après 40 ans, nous perdons en moyenne environ 1 centimètre de taille tous les dix ans. Les hommes perdent entre 0,08 % et 0,1 % de leur taille par an, tandis que les femmes subissent une perte légèrement plus importante, entre 0,12 % et 0,14 % par an. Ces chiffres illustrent une tendance générale, mais les variations individuelles existent. Ce rétrécissement n’est pas une simple impression : il s’agit d’un processus biologique mesurable, lié à des changements physiologiques profonds qui s’accélèrent avec le temps.
Le rétrécissement avec l’âge s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, la posture se modifie naturellement : la colonne vertébrale se courbe davantage, surtout chez les personnes qui restent assises ou debout dans une position arquée, comme les travailleurs de bureau. Avec le temps, cette posture devient habituelle, voire nécessaire pour maintenir un équilibre stable, notamment chez les personnes âgées. Ensuite, des changements internes jouent un rôle clé : entre 30 et 35 ans, la taille atteint son maximum, puis la masse osseuse et musculaire commence à diminuer. Les disques intervertébraux (petites structures en forme de coussin entre les vertèbres de la colonne vertébrale) perdent de leur hydratation et donc de leur hauteur. Parallèlement, les os, comme ceux de la colonne, du bassin ou des jambes, perdent en densité, un phénomène appelé ostéoporose (affaiblissement des os qui les rend plus fragiles). Enfin, la perte de masse musculaire, appelée sarcopénie, réduit la pression exercée par les muscles sur les os, ce qui accentue leur tassement.
Le rétrécissement lié à l’âge n’est pas anodin. Il est souvent associé à des problèmes de santé sérieux, comme l’insuffisance cardiaque (incapacité du cœur à pomper suffisamment de sang), l’ostéoporose (perte de densité osseuse), l’arthrose (usure des articulations) ou d’autres troubles articulaires. Ces affections peuvent entraîner une perte de mobilité, des douleurs chroniques ou une augmentation du risque de fractures. Par exemple, une personne qui perd 5 centimètres de taille en 50 ans pourrait voir sa colonne vertébrale significativement affaiblie, ce qui limite ses mouvements et sa qualité de vie. Ces conséquences soulignent l’importance de prévenir, autant que possible, ces pertes osseuses et musculaires.
Bien que le processus de rétrécissement soit inévitable, il est possible de le ralentir grâce à des habitudes de vie adaptées. Un régime alimentaire riche en calcium (présent dans les produits laitiers, les amandes ou les légumes verts) et en vitamine D (qui favorise l’absorption du calcium, trouvée dans les poissons gras ou synthétisée grâce au soleil) renforce les os. Les exercices de musculation avec des poids stimulent la densité osseuse et maintiennent la masse musculaire. Limiter la consommation de tabac et d’alcool est également crucial, car ces substances accélèrent la perte osseuse. Enfin, adopter une posture droite, même en travaillant, peut atténuer la courbure naturelle de la colonne vertébrale. Ces mesures ne stoppent pas le vieillissement, mais elles en atténuent les effets.
Il est normal de mesurer quelques millimètres de moins le soir que le matin, en raison de la **gravité**. Au cours de la journée, les disques intervertébraux, qui agissent comme des amortisseurs entre les vertèbres, perdent une partie de leur eau sous l’effet de la pression exercée par le poids du corps. Cette perte d’eau est temporaire et se reconstitue pendant la nuit, lorsque nous sommes allongés. Ce phénomène explique pourquoi notre taille peut varier légèrement d’un jour à l’autre, sans lien avec le vieillissement. Cependant, ces variations quotidiennes sont minimes (quelques millimètres) et ne doivent pas être confondues avec le rétrécissement progressif lié à l’âge.

