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Martin Genest, sur les traces de Félix Leclerc

Le Devoir · mis à jour il y a 6 j

Le metteur en scène fait revivre le talent et le courage d’un pionnier de la chanson dans «Félix, je me souviens»..

Un artiste aux multiples talents

Martin Genest est un metteur en scène québécois dont les créations mêlent plusieurs disciplines artistiques : théâtre, cirque, marionnette, opéra, musique, art numérique et magie. Depuis 20 ans, ses projets prennent de l’ampleur, attirant l’attention de grandes institutions comme le Cirque du Soleil, Ex Machina, Flip Fabrique, Machine de Cirque et l’Opéra de Montréal. Son dernier spectacle, Félix, je me souviens, rend hommage à Félix Leclerc, une figure majeure de la culture québécoise. Ce spectacle rassemble 19 artistes, dont 9 musiciens, 8 comédiens-chanteurs et 2 circassiens. Genest y explore la vie et l’œuvre de Leclerc, un artiste aux multiples casquettes : auteur-compositeur-interprète, poète, écrivain, animateur de radio et de télévision, scénariste et acteur. Le spectacle se distingue par son approche multidisciplinaire, combinant différentes formes d’art pour évoquer le parcours exceptionnel de Leclerc.

L’origine du projet

L’idée du spectacle Félix, je me souviens vient de Jean Pilote, producteur et fondateur de LCQ Productions, connu pour avoir reconstruit le théâtre Capitole en 1992. Pilote souhaitait créer un hommage à Félix Leclerc qui puisse toucher une nouvelle génération. Genest, sollicité pour réaliser ce projet, a d’abord constaté qu’il ne connaissait qu’une infime partie de l’œuvre de Leclerc, principalement ses chansons et quelques romans. En approfondissant ses recherches, il a découvert l’étendue de son talent et de son engagement. Le spectacle vise à traduire l’importance de l’artiste, non seulement comme chanteur, mais aussi comme citoyen engagé, en mettant en lumière ses combats et ses réalisations.

Le parcours exceptionnel de Leclerc

Félix Leclerc (1914-1988) a connu un succès remarquable en France au début des années 1950, devenant l’un des premiers artistes québécois à s’y installer pour promouvoir sa langue et sa culture. Son parcours est marqué par des étapes clés : sa naissance à La Tuque en 1914, sa rencontre avec l’animateur Guy Mauffette en 1939, son séjour de trois ans en France, et l’obtention du Grand Prix spécial de l’Adisq en 1979. En 1974, il a donné un spectacle devant 120 000 spectateurs sur les plaines d’Abraham, aux côtés de Gilles Vigneault et Robert Charlebois. Genest souligne que Leclerc a souvent été un pionnier, abordant des thèmes comme la nature, les relations hommes-femmes, la langue française, le patriotisme québécois et les conditions de vie des Autochtones. Son œuvre, en avance sur son temps, reste d’une grande modernité.

Une structure en deux parties

Le spectacle Félix, je me souviens est divisé en deux parties distinctes, chacune reflétant une période de la vie de Leclerc. La première partie, intitulée « du lièvre », couvre son enfance, sa jeunesse et ses premiers emplois, jusqu’à son départ pour la France. La seconde partie, « de l’alouette en colère », aborde la maturité de Leclerc, alors âgé d’une cinquantaine d’années, marquée par une réflexion approfondie et des années d’expérience. Genest explique que son plus grand défi est de trouver un équilibre entre les images et les mots, car Félix Leclerc était un homme de parole, tandis que lui-même privilégie les images. Pour y parvenir, il a collaboré avec le dramaturge Jean-Philippe Lehoux, qui a veillé à rendre le récit clair et accessible en intégrant des témoignages de personnes ayant connu Leclerc.

Un hommage sans imitation

Genest a choisi de ne pas faire du spectacle une simple imitation de Félix Leclerc. Au lieu de confier le rôle à un seul acteur, il utilise une variété de moyens scéniques pour évoquer sa vie et son œuvre. Cela inclut des performances de cirque, des films d’animation en direct, et des témoignages de personnes ayant côtoyé Leclerc, comme des collègues, des membres de sa famille ou des amis. Ces témoignages, incarnés par des comédiens comme Nicolas Drolet, Kathleen Fortin ou Pierre-Olivier Grondin, brisent le quatrième mur pour s’adresser directement au public. Genest insiste sur le fait que le spectacle n’est ni un tour de chant, ni une comédie musicale, ni un spectacle de cirque, mais une œuvre multidisciplinaire conçue pour magnifier le parcours de Leclerc sans l’enfermer dans un seul corps ou une seule interprétation.

Ce que ça pourrait changer

Genest met en avant le dilemme central de la vie de Félix Leclerc : son attachement à la nature et son rôle d’artiste engagé. Bien qu’il ait d’abord envisagé une carrière d’écrivain, son succès en France l’a propulsé sur le devant de la scène, faisant de lui un ambassadeur de la culture québécoise. Genest souligne que la guitare de Leclerc était à la fois un passeport et un boulet, symbolisant ce combat entre son humilité et sa prise de conscience de l’importance de sa voix. Leclerc a abordé des sujets variés, comme la langue française, le patriotisme ou les conditions de vie des Autochtones, avec un regard affûté et des images fortes. Genest rappelle que, 40 ans après sa mort, l’œuvre de Leclerc reste d’une grande actualité, avec une parole toujours moderne.

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