De jeunes nutritionnistes à l’assaut des réseaux sociaux
Les conseils en nutrition sont souvent trompeurs sur les réseaux..
Des jeunes nutritionnistes comme Benoit Boulanger, connu sous le pseudonyme Ben nutritionniste, et Marjolaine Cadieux, fondatrice du compte Les pieds dans les plats sur Instagram, utilisent les réseaux sociaux pour lutter contre la désinformation en nutrition. Ces professionnels, souvent doctorants ou jeunes diplômés, adoptent les codes visuels et le rythme des plateformes comme TikTok et Instagram pour diffuser des informations scientifiques accessibles. Leur objectif est de contrer l’influence des faux experts qui se présentent comme crédibles grâce à des accessoires comme un sarrau ou un stéthoscope, sans posséder les qualifications nécessaires. Selon Benoit Boulanger, ces influenceurs mal informés exploitent la crédibilité que leur confère leur popularité pour promouvoir des conseils nutritionnels dangereux ou des produits marketing.
Les étudiants en nutrition de l’Université de Montréal ont exprimé leur inquiétude face à la désinformation en ligne, notamment sur les réseaux sociaux. Selon eux, des pseudo-spécialistes comme des coachs sportifs ou des naturopathes se proclament experts en nutrition sans formation reconnue. Marie-Philippe Anctil et Anne-Michelle Julien soulignent que cette désinformation oriente souvent erronément les choix alimentaires du public. Le problème est amplifié par la difficulté à distinguer la vraie information de la fausse, car la popularité est fréquemment associée à la crédibilité. Une étude citée dans l’article révèle que neuf Canadiens sur dix admettent avoir déjà été victimes de désinformation nutritionnelle en ligne, selon l’ODNQ (Ordre des diététistes-nutritionnistes du Québec).
La désinformation en nutrition peut avoir des conséquences graves pour la santé publique. Joëlle Émond, présidente de l’ODNQ, explique que des conseils extrêmes, comme un apport excessif en protéines, peuvent mener à des problèmes de santé comme une insuffisance rénale aiguë, notamment chez les jeunes hommes au Québec. L’Ordre professionnel reçoit actuellement deux fois plus de demandes d’enquêtes contre des non-professionnels en nutrition que contre ses propres membres. En cas d’usurpation de titre, ces individus peuvent être poursuivis et condamnés à des amendes allant de 2 500 $ à 62 500 $. Cependant, si les conseils sont donnés sans usurpation de titre, l’ODNQ ne peut que sensibiliser les auteurs, faute de lois spécifiques au Canada.
Pour aider le public à repérer les fausses informations en nutrition, l’ODNQ a créé une série de fiches d’information. Ces outils visent à identifier cinq drapeaux rouges indiquant une possible désinformation : promettre une perte de poids rapide ou un remède miracle, cacher un partenariat commercial, s’appuyer uniquement sur une anecdote personnelle, évoquer une preuve cliniquement prouvée sans détails, ou promouvoir des régimes ou tests extrêmes. L’objectif est d’éduquer la population pour qu’elle développe un jugement critique et puisse distinguer les conseils fondés sur la science de ceux qui relèvent du marketing ou de la désinformation.
Face au vide juridique canadien, l’ODNQ mise sur la sensibilisation du public et la formation des futurs nutritionnistes. Joëlle Émond souligne l’importance d’intégrer rapidement des compétences en communication et en influence positive dans les programmes universitaires. Parallèlement, des nutritionnistes comme Benoit Boulanger encouragent les utilisateurs à se désabonner des comptes diffusant de fausses informations, une action simple mais efficace pour réduire l’impact des algorithmes et reprendre le contrôle sur son alimentation. En France, une loi spécifique existe pour lutter contre les dérives des influenceurs, mais au Canada, seules les règles sur la publicité trompeuse de la *Loi sur la concurrence* s’appliquent.

