Un premier autoportrait grâce à un bras robotisé fabriqué à l’Université d’Ottawa
L'entreprise Sielo Robotics, basée à Ottawa, a collecté un million de dollars pour amorcer ce projet..
Hollis Pierce, un militant pour les droits des personnes en situation de handicap et responsable de l'accessibilité chez Sielo Robotics, a réalisé son premier autoportrait grâce à Arlo, un bras robotisé développé par son entreprise. Âgé de 38 ans, il n'avait jamais pu prendre de photo de lui-même auparavant en raison de sa mobilité réduite. L'exploit a été rendu possible par une souris spatiale, un dispositif permettant de contrôler des environnements en trois dimensions dans six directions distinctes. Initialement, la tâche lui a pris environ une heure d'apprentissage, mais il souligne que le modèle de quatrième génération d'Arlo est désormais presque aussi intuitif que de jouer à un jeu vidéo. Cet événement marque une étape symbolique pour Hollis Pierce, qui teste les produits de l'entreprise et contribue à leur amélioration en partageant ses retours avec les ingénieurs.
Arlo est un bras robotisé d'assistance conçu pour faciliter le quotidien des personnes en situation de handicap. Il est piloté à l'aide d'une souris spatiale, un outil qui permet de manipuler des objets virtuels en trois dimensions, comme on le ferait avec une souris d'ordinateur, mais en offrant six degrés de liberté pour un contrôle plus précis. Hollis Pierce utilise ce système pour prendre des autoportraits, saisir des objets ou interagir avec son environnement. Selon Rafaël Hébert, directeur technique de Sielo Robotics et diplômé en ingénierie de l'Université d'Ottawa, reproduire des actions humaines complexes dans des situations imprévues représente un défi majeur en robotique. Malgré cela, Arlo permet déjà à Hollis Pierce d'effectuer des tâches comme se moucher ou boire un verre d'eau sans assistance, réduisant ainsi son besoin de recourir à une infirmière et d'attendre 15 minutes.
Sielo Robotics est une entreprise issue de l'Université d'Ottawa, spécialisée dans la robotique d'assistance. Fondée par Laila Burns, qui a mis ses études en pause pour se consacrer à ce projet, l'entreprise s'inspire directement des retours d'utilisateurs comme Hollis Pierce pour améliorer ses produits. Initialement, le développement s'est fait sans financement externe, mais grâce à des concours entrepreneuriaux pour étudiants et des subventions de recherche. En mai 2024, l'entreprise a levé un million de dollars en amorçage (financement initial pour démarrer une activité), ce qui devrait accélérer son développement. Ce montant a été obtenu sans recourir à des investisseurs en capital-risque ni à des organisations, mais uniquement par le bouche-à-oreille et la crédibilité acquise auprès des partenaires.
Sielo Robotics collabore avec le 8-80 Collaborative, un partenariat entre l'Institut de recherche du Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario (CHEO) et Santé Bruyère, pour tester et déployer Arlo. L'objectif principal de l'entreprise est de rendre ce bras robotisé accessible financièrement et remboursable par l'assurance maladie, contrairement aux solutions existantes sur le marché, souvent coûteuses. Laila Burns, cofondatrice, prévoit que les premiers modèles seront disponibles dans les foyers d'ici la fin de l'année 2024, au moins pour des tests bêta. À plus long terme, l'entreprise vise à équiper des personnes en situation de handicap dès leur plus jeune âge, leur offrant ainsi une autonomie accrue dans leur quotidien.
Le développement d'*Arlo* représente un défi technologique important, notamment pour reproduire des actions humaines complexes dans des environnements non contrôlés. Rafaël Hébert, directeur technique, souligne que l'équipe a réussi à permettre à Hollis Pierce de prendre des autoportraits, de saisir des objets et même d'interagir avec son propre corps, ce qui était impensable il y a quelques années. Cependant, des améliorations restent nécessaires avant un déploiement massif. L'entreprise devra également convaincre les autorités de santé de la nécessité de rembourser ces dispositifs, un processus qui pourrait prendre du temps. Malgré ces obstacles, l'optimisme est de mise, avec une levée de fonds récente et des partenariats solides qui devraient accélérer la commercialisation d'*Arlo*.

