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Le Canada tarde à s’attaquer aux menaces qui pèsent sur le rorqual bleu

Le Devoir · mis à jour 6 oct.

Expédition sur le Saint-Laurent à la recherche du plus gros animal de la terre, une espèce menacée par l’activité humaine..

Géant des mers

Le rorqual bleu est le plus grand animal ayant jamais vécu sur Terre, pouvant dépasser 20 mètres de longueur et peser près de 100 tonnes. Son alimentation repose presque exclusivement sur le krill, une minuscule crevette marine. Dans l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent, au Québec, cette espèce en voie de disparition est régulièrement observée, notamment près de Matane et de la péninsule gaspésienne. Les chercheurs de la Station de recherche des îles Mingan (MICS) étudient ces animaux depuis plus de 40 ans. Leur méthode repose sur l’identification individuelle des rorquals bleus grâce à des photos de leur patron de coloration, mêlant des teintes bleutées et grises. Chaque individu est répertorié avec un numéro unique, comme B476 ou B505, ce qui permet de suivre leur présence et leurs déplacements sur plusieurs décennies.

Population en danger

La population de rorquals bleus de l’Atlantique Nord-Ouest, désignée ainsi par le gouvernement fédéral canadien, est classée « en voie de disparition » depuis 2005 selon la Loi sur les espèces en péril. Cette catégorie est la plus critique pour une espèce menacée au Canada. Selon les estimations de Pêches et Océans Canada (MPO), cette population ne compterait pas plus de 250 adultes en âge de se reproduire. Les observations réalisées par la MICS montrent que les rorquals bleus fréquentant le Saint-Laurent sont souvent les mêmes depuis des années, suggérant un faible renouvellement de la population. Par exemple, la femelle Chameau est répertoriée depuis 1991, et Jaw-Breaker depuis la même année, avec très peu de naissances de veaux enregistrées : seulement 37 veaux ont été observés en plusieurs décennies dans cette région, contre 3 ou 4 par an dans les Açores (Portugal).

Menaces multiples

Plusieurs facteurs menacent la survie du rorqual bleu dans l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent. Les chercheurs, comme Richard Sears (fondateur de la MICS), soulignent notamment les empêtrements dans les engins de pêche, les collisions avec les navires commerciaux, la pollution sonore (provoquée par les sonars ou les travaux maritimes) et les perturbations de l’écosystème, aggravées par la crise climatique. Ces menaces réduisent la capacité des rorquals bleus à se nourrir, se reproduire ou survivre. Malgré ces risques, le gouvernement fédéral n’a toujours pas défini ni protégé l’« habitat essentiel » de l’espèce, contrairement à ce qui a été fait pour le béluga, dont l’habitat est strictement encadré dans le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent depuis 1998.

Protection insuffisante

Bien que le rorqual bleu soit protégé par la Loi sur les espèces en péril depuis 21 ans, le gouvernement canadien n’a pas encore identifié ni délimité son habitat essentiel, un processus complexe selon Pêches et Océans Canada (MPO). Ce ministère reconnaît que l’espèce est rare, très mobile et répartie sur de vastes zones de l’Atlantique Nord, ce qui rend la collecte de données difficile. Le MPO affirme travailler à la détermination de cet habitat en s’appuyant sur des données scientifiques récentes, mais le processus prend du temps. En attendant, le ministère a publié un plan d’action en 2020 qui recense les menaces pesant sur l’espèce, comme les collisions avec les navires ou la pollution sonore. L’objectif à long terme est d’atteindre 1000 individus en âge de se reproduire, mais les mesures concrètes pour y parvenir restent limitées.

Ce que ça pourrait changer

La protection du rorqual bleu se heurte à des défis scientifiques et logistiques majeurs. Richard Sears, pionnier de la recherche sur cette espèce, souligne que les rorquals bleus parcourent de **très grandes distances** et nécessitent une protection **globale** de leur habitat, et non des mesures fragmentées comme des *patchs* sur une carte. Le MPO admet aussi ignorer le **nombre exact d’individus** dans la population, bien que des estimations existent. Les chercheurs observent principalement des animaux âgés, avec très peu de naissances, ce qui interroge sur les causes de ce faible succès reproducteur. Les données recueillies depuis des décennies, comme celles sur *Jaw-Breaker* ou *Crinkle*, restent essentielles pour comprendre les dynamiques de cette population, mais elles ne suffisent pas à inverser la tendance sans actions politiques fortes.

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