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GÉNÉRALISTE

Le Canada tarde à s’attaquer aux menaces qui pèsent sur le rorqual bleu

Source unique·6 oct.

Alors que le rorqual bleu, plus grand animal ayant jamais vécu sur Terre, est classé en voie de disparition depuis 2005, le Canada peine à traduire cette protection en actions concrètes. Vingt et un ans après son inscription sur la liste des espèces menacées, les menaces qui pèsent sur cette population de moins de 250 adultes dans l’Atlantique Nord-Ouest persistent, faute de mesures ciblées contre les collisions avec les navires, les empêtrements dans les engins de pêche ou la dégradation de son habitat. Entre inertie administrative et complexité scientifique, l’écart entre la reconnaissance du risque et sa prise en charge révèle les limites d’une politique environnementale encore trop fragmentée.

Pourquoi le rorqual bleu reste-t-il aussi menacé malgré son statut légal d’espèce en voie de disparition ?

Le gouvernement fédéral admet ignorer l’effectif exact de la population, mais reconnaît que les principales menaces — collisions avec les navires, empêtrements dans les engins de pêche, pollution sonore et perturbations écologiques liées au climat — n’ont pas été suffisamment adressées. Contrairement au béluga, dont l’habitat essentiel est protégé dans le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent, le rorqual bleu ne bénéficie pas de mesures strictes sur son territoire de vie, pourtant vaste et mobile, faute de définition claire de son habitat essentiel par Ottawa.

Quels sont les signes concrets de l’échec des mesures de protection pour cette espèce ?

Les chercheurs observent une population vieillissante et peu reproductive, avec seulement 37 veaux répertoriés en plusieurs décennies dans le Saint-Laurent, contre plusieurs dizaines par an dans d’autres régions comme les Açores. Des individus emblématiques, comme Jaw-Breaker ou Crinkle, fréquentent les mêmes zones depuis les années 1980-1990, sans signe de croissance démographique, malgré l’arrêt de la chasse commerciale.

Quel rôle jouent les acteurs locaux comme la Station de recherche des îles Mingan (MICS) dans la préservation du rorqual bleu ?

La MICS, pionnière dans l’étude de l’espèce depuis plus de 40 ans, documente les déplacements et les comportements des rorquals bleus via un programme de photo-identification. Ses données, comme celles de Richard Sears, soulignent l’urgence d’agir, mais ses efforts restent limités par l’absence de cadre réglementaire fédéral adapté. Les chercheurs servent ainsi de vigies, mais leur action ne suffit pas à combler le vide politique.

Ce que ça pourrait changer

L’inaction prolongée expose le Canada à des sanctions internationales pour non-respect de ses engagements en matière de biodiversité, notamment ceux de la Convention sur la diversité biologique. À plus long terme, l’extinction locale du rorqual bleu dans l’estuaire du Saint-Laurent pourrait déséquilibrer l’écosystème marin, déjà fragilisé par les changements climatiques. Sans protection renforcée de son habitat et réduction des menaces anthropiques, la survie de l’espèce dépendra davantage du hasard que des politiques publiques.

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