Nouvelle alerte sur la prolifération de deepfakes nourrissant la désinformation en santé
Plusieurs vidéos diffusées sur Facebook contrefaisaient l’image d’une présentatrice de TF1 et d’un médecin des Hôpitaux de Paris pour inciter les internautes à acheter un prétendu remède miracle. L’AP-HP indique avoir porté plainte et demandé le retrait des vidéos concernées à Meta.
L’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) et Sorbonne Université ont alerté le 5 octobre 2025 sur la circulation de vidéos utilisant des deepfakes. Ces vidéos manipulent l’image et la voix de professionnels de santé, comme un médecin des Hôpitaux de Paris ou une présentatrice de TF1, pour promouvoir des remèdes miracles contre des maux courants. Un deepfake est une technologie d’intelligence artificielle (IA) générative qui permet de créer des contenus (images, voix, vidéos) ultra-réalistes en imitant une personne réelle. Ces vidéos exploitent des codes typiques de la désinformation complotiste, comme des titres alarmistes ou des accusations contre l’industrie pharmaceutique (Big Pharma). L’AP-HP a porté plainte et demandé le retrait de ces contenus à Meta (Facebook), mais d’autres vidéos similaires ont continué à circuler.
L’AP-HP et Sorbonne Université soulignent que ces deepfakes représentent un danger majeur pour la santé publique. En effet, ces vidéos peuvent inciter les internautes à adopter des traitements non prouvés scientifiquement ou à acheter des produits dangereux, au mépris des recommandations médicales officielles. Par exemple, une vidéo met en scène une personne âgée affirmant avoir été guérie de ses douleurs par une méthode naturelle, alors que la médecine conventionnelle n’avait pas fonctionné. Les deux institutions rappellent que les professionnels de santé ne font pas de promotion commerciale sur les réseaux sociaux et que l’usurpation de leur image ne garantit en rien la fiabilité d’une publication. Selon elles, ces contenus peuvent conduire à des comportements à risque, notamment chez les personnes vulnérables.
La vidéo analysée suit une narration typique des théories complotistes. Elle commence par un faux reportage télévisé, imitant les codes de TF1, avec une présentatrice connue (Anne-Claire Coudray) et des témoignages de personnes affirmant avoir été guéries par une méthode naturelle. Le médecin usurpé, le professeur Renaud Piarroux, est un expert en parasitologie et infectiologie, souvent cité dans les médias pendant la crise du Covid-19. Dans la vidéo, il affirme que la plupart des symptômes sont causés par des parasites et que l’industrie médicale cache cette vérité. La vidéo utilise des éléments trompeurs comme des fautes d’orthographe dans les sous-titres, des images répétitives ou un bandeau alarmiste (« La France est en choc ! Les parasites sont déjà à l’intérieur de vous ! »). Ces indices trahissent souvent l’authenticité douteuse du contenu.
Meta (Facebook) a supprimé certaines vidéos après la plainte de l’AP-HP, mais d’autres ont continué à circuler sur des groupes ou pages orientés vers les médecines alternatives ou les théories antivaccination. Ce phénomène n’est pas nouveau : dès 2020, le médecin et animateur Michel Cymes avait signalé des publicités frauduleuses usurpant son image. En 2024, l’AFP avait déjà repéré des campagnes similaires mettant en scène des personnalités comme Didier Raoult ou Jean Reno pour vendre des traitements miracles. Aux États-Unis, une enquête du New York Times en juillet 2024 révélait l’existence de centaines d’influenceurs virtuels générés par IA se faisant passer pour des professionnels de santé. En France, le ministère de la Santé avait annoncé en janvier 2026 la création d’un « observatoire de la désinformation en santé », mais celui-ci n’a pas encore vu le jour.
Face à cette prolifération, certaines initiatives tentent de contrer ces contenus. Par exemple, le syndicat des jeunes médecins généralistes ReAGJIR a utilisé l’IA pour créer des vidéos parodiques dénonçant les conseils dangereux d’influenceurs en santé. Ces vidéos montrent des influenceurs souffrant des conséquences de leurs propres recommandations, comme une infection nasale après avoir conseillé l’ail contre la grippe. Le syndicat conclut en rappelant l’importance de consulter un professionnel de santé pour tout avis médical. Cependant, malgré ces efforts, les contenus problématiques continuent de circuler, tandis que les plateformes affirment respecter leurs obligations de modération. Le phénomène reste donc un défi majeur pour la santé publique et la régulation des réseaux sociaux.

