Et un demi-milliard en moins pour la formation des chômeurs !
En juillet, l'Etat a annoncé aux régions qu’il ne cofinancerait plus leur politique de formation des demandeurs d’emploi. Un geste lourd de répercussions pour les publics qui manquent de qualifications..
En juillet 2026, le gouvernement français a annoncé qu’il ne financerait plus les formations pour chômeurs organisées par les régions à partir de 2027. Jusqu’en 2025, l’État versait plus d’un milliard d’euros par an aux régions pour ces formations. En 2026, ce montant a déjà chuté à 527 millions d’euros, et il sera réduit à zéro en 2027. Cette décision a provoqué l’indignation des présidents de régions, comme François Bonneau (Centre-Val de Loire), qui dénonce une mesure « sans justification économique ni sociale », surtout en période de hausse du chômage. Les régions ne pourront pas compenser cette perte, car elles n’ont pas le pouvoir de lever de nouveaux impôts. Par exemple, l’Occitanie perdra 85 millions d’euros en 2027.
Le Plan d’investissement dans les compétences (Pic), lancé en 2018 avec un budget de 14 milliards d’euros, visait à former les chômeurs les plus éloignés du marché du travail et à répondre aux besoins des entreprises. Entre 2019 et 2023, l’État a versé 6 milliards d’euros aux régions, qui ont elles-mêmes investi 12 milliards d’euros dans ces formations. L’objectif était d’améliorer l’accès à la formation, qui est passée de 8 % à 12 % entre 2017 et 2019. Cependant, depuis 2024, les financements ont été réduits d’un commun accord entre l’État et les régions, puis l’État a encore diminué ses contributions. Ce plan avait permis un taux d’insertion de 66,9 % après une formation qualifiante, contre 51,4 % pour les chômeurs non formés.
Malgré les investissements, les résultats du Pic sont jugés mitigés par des experts comme Carole Tuchszirer, socio-économiste et ancienne vice-présidente du comité scientifique d’évaluation du plan. Elle souligne que l’État a toujours eu une « défiance » envers les régions, et que le taux d’accès à la formation des chômeurs a peu progressé depuis 2019, malgré les fonds engagés. Michel Abhervé, expert des politiques publiques, explique que la formation des chômeurs était devenue une « variable d’ajustement » discrète lors des plans d’économies, car peu visible pour le grand public. Les organismes de formation, comme le CLPS en Bretagne et Pays de la Loire, constatent déjà un recul du nombre de places disponibles et de localités financées.
Les formations régionales ciblent souvent les publics les moins diplômés, comme les demandeurs d’emploi de longue durée ou ceux en situation d’illettrisme. En 2022, 10 % des Français âgés de 18 à 64 ans avaient des difficultés en littératie (compréhension de textes) et 12 % en numératie (calculs). Avec la baisse des budgets, ces formations, qui peuvent durer plusieurs mois, sont menacées. Les régions comme les Pays de la Loire tentent de privilégier les stages qualifiants, mais les organismes de formation, comme le Syndicat national des organismes de formation (Synofdes), alertent sur le recentrage des programmes vers des secteurs en tension, au détriment des besoins d’émancipation des chômeurs.
La réduction des financements régionaux accentue les inégalités territoriales. Les formations sont de plus en plus concentrées dans les grandes villes, au détriment des zones rurales et périurbaines. Sébastien Pinard, représentant du secteur, craint une « métropolisation » des opportunités, où seuls les habitants des métropoles bénéficient d’un accès à la formation. Cela décourage aussi les entreprises qui souhaiteraient s’installer en dehors des grandes villes. Les organismes de formation sont évalués sur leur taux de retour à l’emploi, ce qui pousse à privilégier les formations courtes et ciblées, souvent inadaptées aux profils les plus éloignés du marché du travail.
Face à cette décision, plusieurs régions ont réagi fermement. Valérie Debord, vice-présidente en charge de la formation en Grand Est, a retiré ses représentants des instances de concertation avec l’État pour protester. Les élus régionaux espèrent que le Parlement corrigera cette mesure lors des débats budgétaires. Cependant, le gouvernement maintient sa position, privilégiant le financement de l’*apprentissage* (formations en alternance) plutôt que celui des chômeurs. Les organismes de formation, comme le CLPS, alertent sur les conséquences à long terme : moins de formations, moins de chances pour les chômeurs, et un creusement des inégalités sociales et territoriales.

