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Culture

Comment perdurent les tubes de la danse contemporaine ?

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 10 j

"Rosas danst Rosas", pièce phare de la chorégraphe Anne Teresa De Keersmaeker créée en 1983 a été reprise des centaines de fois, et continue de l'être, notamment dans une version XXL réunissant les 5 générations qui l'ont dansé. A partir de là, comment perdurent les tubes de la danse contemporaine ?.

Un tube de 40 ans

La pièce Rosas danst Rosas, créée en 1983 par la chorégraphe belge Anne Teresa De Keersmaeker, est devenue un tube de la danse contemporaine. Cette œuvre, interprétée près de 500 fois par 28 danseurs issus de cinq générations différentes, reste un pilier du répertoire. Elle est actuellement reprise au Théâtre national de la danse à Paris jusqu’au 20 septembre 2026, avec une version exceptionnelle réunissant toutes les générations sur scène. La pièce illustre comment une chorégraphie peut traverser les décennies sans perdre de sa force expressive, malgré l’absence de partition écrite comme en musique.

Transmission sans partition

Contrairement à la musique, qui repose sur des partitions écrites et universelles, la danse contemporaine se transmet par le corps et l’expérience directe. Les chorégraphies comme Rosas danst Rosas, Le Sacre du Printemps de Pina Bausch ou May B de Maguy Marin ne peuvent être apprises uniquement par des notes ou des vidéos. Leur mémoire dépend de l’enseignement oral, de la répétition et de la transmission entre générations de danseurs. Isabelle Launay, sociologue spécialiste de la danse, souligne que cette transmission repose sur un patrimoine immatériel, où le geste devient un langage à part entière, transmis de bouche à oreille et de corps à corps.

Générations en scène

La reprise actuelle de Rosas danst Rosas à Chaillot met en lumière la diversité des interprètes ayant dansé cette pièce depuis 1983. Cinq générations de danseuses, dont certaines ont participé à la création originale, se retrouvent pour une version XXL les 19 et 20 septembre 2026. Ce projet illustre la capacité des chorégraphies contemporaines à évoluer tout en conservant leur essence. Boris Charmatz, danseur et chorégraphe, explique que cette transmission intergénérationnelle permet de renouveler l’interprétation sans altérer l’œuvre, car chaque génération apporte sa propre sensibilité tout en respectant les fondamentaux.

Défis de la mémoire

Transmettre une chorégraphie comme Rosas danst Rosas pose des défis spécifiques. D’abord, la précision des mouvements doit être préservée malgré les variations d’interprétation. Ensuite, la mémoire des gestes repose sur des détails infimes, comme la position des mains ou l’angle d’un bras, qui ne sont pas toujours documentés par écrit ou en vidéo. Laura Cappelle, journaliste spécialisée, note que cette transmission exige un travail de répétition intense et une confiance absolue entre les danseurs et les chorégraphes. Les risques de déformation ou d’oubli sont réels, mais c’est précisément cette fragilité qui rend la danse contemporaine vivante et évolutive.

Patrimoine vivant

La danse contemporaine, contrairement aux arts visuels ou à la musique classique, ne dispose pas de musées ou d’archives physiques pour conserver ses œuvres. Son patrimoine est vivant, porté par les artistes qui la dansent et la transmettent. Des institutions comme le Théâtre national de la danse à Chaillot jouent un rôle clé en organisant des reprises et en favorisant les échanges entre générations. Isabelle Launay et Sylviane Pages, dans leur article pour la revue Gradhiva, soulignent que cette transmission repose sur une économie de la mémoire, où chaque représentation devient un acte de préservation et de réinvention.

Ce que ça pourrait changer

D’autres chorégraphies sont devenues des *tubes* de la danse contemporaine, comme *Le Sacre du Printemps* de Pina Bausch, créé en 1975, ou *Boléro* de Maurice Béjart, inspiré de la musique de Ravel. Ces œuvres, comme *Rosas danst Rosas*, sont régulièrement reprises dans le monde entier. *May B*, chorégraphie de Maguy Marin créée en 1981, est un autre exemple de pièce intemporelle, souvent interprétée par des compagnies différentes. Leur succès tient à leur capacité à toucher un large public tout en restant ancrées dans les enjeux artistiques de leur époque.

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