Ukraine : l’ONU dénonce les violences sexuelles infligées à des prisonniers et civils par les forces russes
Des violences sexuelles ont été infligées à des civils et à des prisonniers de guerre en Ukraine dans le cadre d’un schéma généralisé de torture, d’intimidation et de coercition depuis le début de l’invasion russe à grande échelle, selon un nouveau rapport du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), publié vendredi..
Depuis le début de la guerre en Ukraine, plus de 1 000 cas de violences sexuelles ont été recensés par les Nations Unies. Selon le Haut-Commissariat aux droits de l’homme (HCDH), une institution de l’ONU chargée de protéger les droits humains dans le monde, 89 % de ces violences sont attribuées aux forces russes et 11 % aux forces ukrainiennes. Le Haut-Commissaire Volker Türk a exprimé son inquiétude face à la fréquence de ces actes, soulignant que leur nombre réel est probablement bien plus élevé. En effet, les enquêteurs n’ont pu interroger qu’environ 10 % des prisonniers libérés et n’ont pas eu accès aux territoires occupés par la Russie, rendant ces chiffres partiels. Le rapport s’appuie sur des entretiens avec des centaines de victimes, des documents judiciaires et des registres officiels.
Les violences sexuelles documentées incluent des viols, des viols collectifs, des mutilations génitales, des décharges électriques infligées aux organes génitaux et des coups portés à ces mêmes zones. Les méthodes utilisées sont particulièrement brutales : un prisonnier ukrainien a rapporté avoir été violé avec une matraque, un autre avec des clés de cellule, et un civil avec le manche d’une pelle. Les victimes les plus jeunes et les plus âgées recensées avaient respectivement 4 ans et 82 ans, toutes deux victimes de violences attribuées aux forces russes. Ces actes ne se limitent pas aux femmes : la majorité des victimes dans les lieux de détention sont des hommes. Les territoires occupés par la Russie sont également des zones où des femmes et des enfants ont subi ces violences.
Le rapport de l’ONU documente aussi des violences sexuelles imputées aux autorités ukrainiennes, bien que leur nombre soit bien inférieur (11 % des cas). Ces actes concernent principalement des prisonniers de guerre russes ou des ressortissants de pays tiers. Près de la moitié des cas documentés consistent en des menaces de violences sexuelles, tandis que les autres incluent la nudité forcée, des décharges électriques, des coups aux organes génitaux et d’autres traitements dégradants. Deux agressions sexuelles et deux tentatives de viol ont également été recensées. Ces violences ont été commises dans des contextes de détention ou d’occupation, mais leur fréquence reste bien moindre que celles attribuées aux forces russes.
Le Haut-Commissaire Volker Türk a réagi avec fermeté face à ces révélations, qualifiant les violences sexuelles de « actes odieux » et exprimant sa crainte qu’elles ne se poursuivent. Il a exigé que les deux parties, la Russie et l’Ukraine, mènent des enquêtes « rapidement, minutieusement et impartialement » sur toutes les allégations crédibles. Selon lui, les responsables doivent être traduits en justice sans délai. Cette demande s’inscrit dans le cadre plus large de la protection des droits humains en temps de guerre, un enjeu central pour les Nations Unies. Le HCDH, qui supervise ces enquêtes, joue un rôle clé dans la documentation et la dénonciation de ces crimes.
Les enquêteurs de l’ONU ont rencontré des difficultés majeures pour documenter ces violences. Ils n’ont pu interroger qu’environ 10 % des prisonniers libérés par les deux camps, et n’ont pas eu accès aux territoires ukrainiens occupés par la Russie, où de nombreux cas pourraient se produire. Cette limitation réduit considérablement la portée des données recueillies. Malgré ces obstacles, le rapport repose sur des entretiens confidentiels avec des centaines de victimes, ainsi que sur l’analyse de documents judiciaires et de registres officiels. Ces éléments permettent d’établir une base factuelle, même si elle reste incomplète.

