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Géopolitique

“Ils ne veulent pas de nous” : deux amies ghanéennes racontent leur vie dans l’Afrique du Sud xénophobe

Courrier International · mis à jour il y a 23 j

Elles se font appeler Esther et Shalom. Installées en Afrique du Sud, ces deux Ghanéennes ont vécu la lente montée de la vague antimigrants qui a plongé le pays dans une psychose xénophobe.

Début des violences

Début avril, des violences xénophobes éclatent en Afrique du Sud, ciblant les étrangers. Des groupes de manifestants, souvent identifiables à leur drapeau sud-africain et armés de massues ou de fouets, s’attaquent aux commerces et aux personnes étrangères dans les rues. Ils scandent en zoulou ‘Abahambe’ (littéralement ‘qu’ils partent’ ou ‘laissez-les partir’), exigeant le départ des clandestins avant le 30 juin. Les images de ces agressions, diffusées sur les réseaux sociaux, montrent des vitrines défoncées et des individus battus. Ces événements surviennent dans un contexte de tensions sociales et économiques, où les étrangers sont régulièrement désignés comme boucs émissaires.

Témoignages de victimes

Esther Ofosu et Shalom, deux Ghanéennes travaillant dans un salon de coiffure situé au sud de Johannesburg, décrivent leur peur face à ces violences. Shalom, qui n’a pas de titre de séjour de longue durée, demande à ne pas être citée par son nom complet par crainte des représailles. Les deux femmes expliquent qu’elles ne dorment plus la nuit, tant les menaces semblent réelles. Les clientes du salon, majoritairement sud-africaines, commencent à éviter les lieux par peur d’être associées aux étrangers. En quelques jours, le salon se vide de sa clientèle, laissant Esther et Shalom sans revenus et dans l’incertitude quant à leur avenir.

Contexte économique

L’Afrique du Sud, pays le plus industrialisé d’Afrique, attire de nombreux migrants économiques en quête de meilleures opportunités. Ces derniers occupent souvent des emplois informels ou dans le commerce de détail, secteurs où la concurrence avec les locaux est forte. Les tensions xénophobes s’aggravent régulièrement en période de crise économique, comme c’est le cas ici. Les étrangers, notamment ceux en situation irrégulière, deviennent des cibles faciles pour exprimer un mécontentement social. Les violences surviennent alors que le pays fait face à un chômage élevé et à des inégalités persistantes.

Réactions et précautions

Face à l’escalade de la violence, les deux amies ghanéennes tentent de trouver des solutions pour se protéger. Elles réduisent leurs déplacements et évitent de se rendre dans des lieux publics. Shalom, sans titre de séjour, craint particulièrement d’être arrêtée ou expulsée. Les autorités sud-africaines, souvent critiquées pour leur inaction face aux violences xénophobes, n’ont pas encore pris de mesures concrètes pour protéger les migrants. Les victimes, comme Esther et Shalom, se retrouvent ainsi livrées à elles-mêmes, sans soutien institutionnel visible.

Ce que ça pourrait changer

Les commerces tenus par des étrangers, comme le salon de coiffure d’Esther et Shalom, subissent directement les conséquences des violences. Les clientes locales, par peur des représailles, évitent de fréquenter ces établissements. En quelques jours, le chiffre d’affaires s’effondre, mettant en péril la survie économique des propriétaires. Cette situation illustre comment la xénophobie, en plus de ses aspects humains, a un coût économique pour les communautés migrantes et, indirectement, pour l’ensemble de la société sud-africaine.

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