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À Djibouti, les routes de l’exil se croisent dans les deux sens

ONU : Migrants et réfugiés · mis à jour 6 oct.

D’un côté, des milliers de personnes fuient les combats au Yémen en traversant la mer Rouge en direction de l'Afrique. De l’autre, des migrants, principalement éthiopiens, continuent de prendre la direction inverse dans l’espoir de gagner les pays du Golfe.

Djibouti, carrefour migratoire

Depuis trois semaines, Djibouti, un petit pays de la Corne de l’Afrique, est devenu un point de passage pour deux flux migratoires opposés. D’un côté, plus de 3 700 réfugiés arrivent chaque jour depuis le Yémen, fuyant une guerre civile qui s’est intensifiée depuis septembre 2026. De l’autre, des milliers de migrants éthiopiens traversent le pays pour tenter de rejoindre le Yémen, puis l’Arabie saoudite ou d’autres pays du Golfe. Cette situation place Djibouti au cœur d’une crise humanitaire complexe, où se superposent des mouvements de réfugiés et de migrants. Selon Alexandre Coissac, chef de mission de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) à Djibouti, cette circulation à contre-courant est inédite et place le pays face à un défi logistique et humain majeur. Djibouti, avec une population d’un peu plus d’un million d’habitants, doit gérer des arrivées massives tout en maintenant ses infrastructures sous pression.

Flux migratoires en hausse

Entre le 10 septembre et le 6 octobre 2026, l’OIM a recensé plus de 20 000 mouvements de migrants entrant à Djibouti depuis l’Éthiopie, tandis que 539 Éthiopiens revenus du Yémen ont été enregistrés dans le même temps. Cette route, appelée la « route de l’Est », relie la Corne de l’Afrique au Yémen avant de se poursuivre vers les pays du Golfe. Elle est considérée comme l’un des corridors migratoires les plus dangereux au monde. Au premier trimestre 2026, l’OIM avait déjà enregistré 152 700 traversées, soit une hausse de 8 % par rapport à l’année précédente. Les raisons de ces départs sont multiples : difficultés économiques, insécurité alimentaire, endettement des ménages et manque de perspectives dans les pays d’origine. Pourtant, les migrants semblent sous-estimer les dangers du Yémen, où la guerre civile a repris violemment depuis septembre 2026, déplaçant près de 174 000 personnes à l’intérieur du pays.

Dangers et vulnérabilités

Les migrants qui tentent de traverser la mer Rouge ou de parcourir les zones désertiques de Djibouti s’exposent à des risques extrêmes. En 2025, l’OIM avait recensé 922 morts ou disparus sur la route de l’Est, un chiffre presque deux fois supérieur à celui de 2024. Au premier trimestre 2026, 94 nouveaux cas avaient déjà été signalés, dont 61 à Djibouti. Les dangers incluent la déshydratation, l’épuisement, le manque d’eau et de nourriture, ainsi que les violences. Les personnes bloquées dans les zones désertiques sont particulièrement vulnérables. L’OIM tente de leur venir en aide en distribuant de l’eau, de la nourriture et en accueillant ceux qui souhaitent un retour volontaire dans leur pays d’origine. Cependant, les besoins en soins médicaux, en protection et en kits d’hygiène (notamment pour les femmes et les filles) restent énormes et en constante augmentation.

Crise humanitaire à Obock

La plupart des réfugiés arrivant du Yémen débarquent autour d’Obock, une ville côtière du nord de Djibouti. Cette région, déjà sous pression en raison des flux migratoires, voit ses infrastructures et ses communautés locales débordées. À la mi-septembre 2026, les Nations Unies avaient alerté sur le risque que les nouvelles arrivées dépassent les capacités d’accueil du pays. Les autorités djiboutiennes ont réagi rapidement, mais la situation reste fragile. Les réfugiés, comme les migrants en transit, nécessitent une aide d’urgence, notamment en matière de logement, de nourriture et de soins. L’OIM et d’autres organisations humanitaires tentent de répondre à ces besoins croissants, mais les ressources disponibles sont limitées dans un pays de taille modeste.

Ce que ça pourrait changer

Le phénomène observé à Djibouti illustre un paradoxe tragique : alors que des milliers de personnes fuient le Yémen en raison de la guerre, d’autres continuent de s’y rendre dans l’espoir d’atteindre ensuite l’Arabie saoudite ou d’autres pays du Golfe. Les migrants, souvent mal informés de la réalité du conflit au Yémen, persistent dans leur projet malgré les dangers. Selon Alexandre Coissac, beaucoup ignorent l’ampleur de la dégradation de la situation dans le pays. Pourtant, leur détermination reste intacte, car leur objectif final n’est pas le Yémen, mais une vie meilleure ailleurs. Cette situation met en lumière les défis auxquels sont confrontés les pays de transit, pris entre des flux migratoires massifs et des crises humanitaires en cascade.

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