Trois idées reçues sur l’adaptation au changement climatique
Des cultures irriguées devant des feux de forêts, en Utah, aux États-Unis. Mike Newbry/Unsplash , CC BY L’ESSENTIEL En parallèle de l’atténuation des gaz à effet de serre, l’adaptation au changement climatique devient plus urgente que jamais.
L’adaptation au changement climatique devient une priorité aussi importante que la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES). Alors que ces dernières visent à limiter le réchauffement, l’adaptation cherche à réduire les impacts déjà visibles ou inévitables. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) résume cette dualité par la formule « éviter l’ingérable, gérer l’inévitable ». Les événements récents illustrent cette urgence : canicules et incendies en Europe, inondations au Népal, sécheresses en Amérique du Sud et en Afrique. Pourtant, cette notion reste mal comprise, notamment en raison de trois idées reçues persistantes. Christophe Buffet, chercheur à l’Agence française de développement (AFD) et professeur à la Paris Climate School de Sciences Po, décrypte ces malentendus pour clarifier les enjeux réels de l’adaptation.
Contrairement à une croyance répandue, l’adaptation au changement climatique n’est pas réservée aux pays pauvres. Les pays développés, comme l’Europe, subissent aussi des impacts majeurs, avec des records de températures toujours plus élevés. Dès 2013, des chercheurs comme Alexandre Magnan avaient alerté sur le fait que tous les pays étaient concernés. Une autre idée fausse associe l’adaptation à un renoncement ou à une distraction par rapport à la transition énergétique. Pourtant, des pays vulnérables, comme le Sénégal, ont développé des systèmes d’adaptation avancés, comme le suivi et l’évaluation des mesures climatiques. Ces exemples montrent que les pays riches peuvent s’inspirer des solutions mises en place ailleurs. Cependant, l’aide publique au développement (APD) est aujourd’hui réduite, alors que les échanges de savoirs entre pays du Sud et du Nord deviennent cruciaux pour faire face à l’urgence climatique.
Si les données scientifiques sur le climat sont essentielles, l’adaptation ne se limite pas à leur accumulation. Le vrai défi réside dans la gouvernance, c’est-à-dire la capacité à organiser des solutions collectives et durables. Les sciences humaines et sociales, comme la géographie humaine, jouent un rôle clé pour construire des méthodologies adaptées. Par exemple, il faut éviter que certaines populations s’adaptent au détriment d’autres, ou que des mesures locales aggravent les inégalités. L’adaptation doit aussi intégrer de nouveaux indicateurs, notamment qualitatifs, pour mesurer les progrès réalisés. Contrairement à une idée reçue, ce n’est pas l’absence de données qui bloque l’action, mais plutôt un manque de cadre pour les utiliser efficacement. Cela s’applique aussi bien à la transition énergétique qu’à l’adaptation, où un nouveau contrat social est nécessaire pour faire face à la dégradation des territoires.
L’adaptation ne peut se limiter à une échelle locale, car les risques climatiques ne connaissent pas de frontières. Par exemple, les inondations dramatiques au Népal en 2026 ont été causées par l’effondrement d’une masse de glace et de roches au Tibet, soulignant la nécessité d’une coopération transfrontalière. De même, la sécurité alimentaire du Sénégal dépend en partie de la résilience des riziculteurs d’Asie du Sud-Est. Ces risques climatiques transfrontaliers montrent que les stratégies d’adaptation doivent être pensées à l’échelle internationale. Des initiatives comme le Global Adaptation Mapping Initiative (GAMI), qui recense des milliers de cas d’étude, ou l’utilisation de l’intelligence artificielle pour analyser ces données, peuvent aider à identifier des solutions adaptées. Cependant, les moyens nécessaires, tant financiers qu’humains, restent considérables et doivent être mobilisés à tous les niveaux, du local au global.
Face à l’ampleur des défis, la formation des acteurs clés devient un levier essentiel. Des initiatives comme l’*Office for Climate Education*, le *Least Developed Countries Universities Consortium on Climate Change* (*LUCCC*) ou la *Paris Climate School* visent à préparer les futurs experts du *Giec*, mais aussi les citoyens, décideurs et entrepreneurs. Ces programmes jouent un rôle de catalyseur pour transformer les approches d’adaptation. Les ressources humaines, plus que les financements seuls, font la différence dans la mise en œuvre de solutions efficaces. Par exemple, la *Paris Climate School*, lancée en septembre 2026 par Laurence Tubiana à Sciences Po, s’inscrit dans cette dynamique. Ces efforts s’ajoutent à des événements comme la conférence *« Comment – et jusqu’où – pouvons-nous nous adapter ? »*, organisée par l’*AFD* les 6 et 7 octobre 2026 à Paris, qui réunira plus de 15 auteurs du *Giec* et des praticiens du monde entier pour discuter des solutions concrètes.

