"Le Pur et l'Impur" : de l'homosexualité à la fluidité des genres, Colette enquête sur le désir
Avec "Le Pur et l'Impur" (1941), Colette enquête sur les mystères du plaisir physique. À travers une galerie de portraits inspirés par son entourage, elle s’intéresse aux sexualités et aux identités marginalisées, tout en s'affranchissant du jugement moral de son époque..
En 1941, l'écrivaine française Colette publie Le Pur et l'Impur, un ouvrage qu'elle considère comme son meilleur livre. Ce texte se présente comme une enquête sur les plaisirs physiques, abordant des thèmes alors très marginaux comme l'homosexualité ou la fluidité des genres. Colette y explore ces sujets sans jugement moral, en s'appuyant sur des portraits inspirés de son entourage. L'autrice y dépeint des archétypes comme le Don Juan, la cougar ou l'androgyne, tout en s'affranchissant des normes de son époque. L'ouvrage est marqué par une écriture rythmée et sensuelle, qui mêle souvenirs, anecdotes et réflexions personnelles. Colette y analyse les mécanismes du désir à travers des figures féminines en pleine émancipation, comme Mathilde de Morny ou Renée Vivien.
Mathilde de Morny, surnommée Missy, est une figure centrale de Le Pur et l'Impur. Aristocrate et artiste, elle fut l'amante de Colette et une personnalité majeure du Paris de la Belle Époque (fin du XIXᵉ siècle - début du XXᵉ siècle). Missy incarnait une remise en question radicale des normes de genre : elle portait des vêtements masculins, avait les cheveux courts, fumait le cigare et se faisait appeler Max ou Monsieur le marquis. Son mode de vie et son identité androgyne en faisaient une icône du milieu lesbien de l'époque. Colette s'inspire directement d'elle pour créer le personnage de la chevalière dans son livre, illustrant ainsi une figure de femme émancipée bien avant son temps.
Renée Vivien est une poétesse française du début du XXᵉ siècle, reconnue comme une figure majeure de la littérature lesbienne. Colette lui consacre un chapitre dans Le Pur et l'Impur, où elle évoque la mélancolie de l'autrice à la fin de sa vie. Vivien, marquée par une existence tourmentée entre écriture, amours et souffrances, laisse derrière elle une œuvre poétique d'une grande intensité. Colette décrit son travail comme une exploration de la tristesse et de la passion, où les femmes amies rêvent, pleurent et s'enlacent. Ce portrait met en lumière une artiste dont l'héritage littéraire et personnel continue d'inspirer les réflexions sur l'identité et le désir.
Les Dames de Llangollen sont un couple d'Irlandaises du XVIIIᵉ siècle, célèbre pour avoir vécu ensemble pendant plus de 50 ans, en refusant le mariage et en quittant leur pays. Leur histoire, racontée par Colette dans Le Pur et l'Impur, incarne une quête de liberté et d'émancipation à une époque où de telles vies étaient inimaginables. Ce récit illustre comment des femmes ont pu, à travers des choix de vie radicalement différents, tracer des chemins vers l'autonomie. Colette y voit un symbole de résistance face aux normes sociales, bien avant les mouvements féministes modernes. Leur histoire reste un exemple marquant de la possibilité de vivre en dehors des cadres traditionnels.
L'actrice Lætitia Dosch, qui a interprété *Le Pur et l'Impur* au Festival d'Avignon en 2026, souligne la modernité de l'écriture de Colette. Selon elle, l'ouvrage dépeint des femmes à l'aube de leur émancipation, chacune traçant un chemin vers la liberté à sa manière. Dosch met en avant le rythme et la sensualité du texte, qui devaient être provocants pour l'époque. Colette y aborde des thèmes comme la fluidité des genres ou l'homosexualité avec une audace rare, en s'inspirant de figures réelles de son entourage. L'ouvrage reste aujourd'hui une référence pour comprendre les évolutions des représentations de la sexualité et de l'identité, bien au-delà du contexte historique de sa publication.

