La guerre aérienne entre la Russie et l'Ukraine entre dans une nouvelle phase, plus meurtrière
Les deux pays se livrent désormais une bataille féroce et de longue portée dans les airs. Sans toutefois laisser entrevoir une issue au conflit qui dure depuis quatre ans et demi..
Depuis l'été 2026, la guerre aérienne entre la Russie et l'Ukraine a pris une tournure plus destructrice. Les deux camps intensifient leurs frappes, utilisant désormais davantage de drones et de missiles longue portée. La Russie cible principalement les civils, notamment à Kiev, où des dizaines de personnes ont été tuées lors de bombardements massifs. En réponse, l'Ukraine a lancé des centaines de drones contre des entrepôts d'e-commerce russes comme Wildberries et Ozon, ainsi que des infrastructures pétrolières. Malgré ces attaques, aucun des deux pays ne montre de signe de faiblesse stratégique ou de capitulation imminente. Les analystes soulignent que cette escalade rappelle la stratégie russe de l'automne 2022, où Moscou avait tenté de plonger les villes ukrainiennes dans le noir et le froid pour affaiblir le moral de la population.
Les objectifs des deux belligérants diffèrent radicalement. La Russie cherche à épuiser la résistance ukrainienne en infligeant des souffrances massives, dans l'espoir de provoquer une capitulation politique. Cette approche s'appuie sur des décennies de doctrine militaire, comme l'explique Franz-Stefan Gady, analyste militaire basé à Vienne, en citant un siècle de bombardements stratégiques. Cependant, les données récentes contredisent cette théorie : les sondages montrent que les Ukrainiens, loin de se briser, soutiennent de plus en plus leur gouvernement et rejettent toute concession territoriale. De son côté, l'Ukraine vise à paralyser l'économie russe en ciblant ses infrastructures critiques, comme les raffineries de pétrole, les usines de missiles et les réseaux d'exportation d'énergie. L'objectif est de rendre visible aux yeux des Russes les coûts de la guerre, tout en réduisant les revenus du Kremlin.
L'Ukraine fait face à une pénurie critique de missiles intercepteurs Patriot, un système de défense aérienne américain, dont les stocks se sont réduits en raison de la guerre en Iran. Cette situation a accru le sentiment de vulnérabilité, notamment face aux missiles balistiques russes comme l'Iskander-M, responsable de centaines de morts civils cet été. À Kiev, les craintes grandissent quant à une possible destruction des réseaux d'eau potable et d'assainissement. Parallèlement, la Russie renforce ses capacités avec des drones à réaction comme le Geran-5, inspiré du drone iranien Shahed, et des missiles de croisière Banderol, moins coûteux et donc produits en masse. Selon Rob Lee, analyste à l'Institut de recherche sur la politique internationale de Philadelphie, cette production à grande échelle pourrait fragiliser les défenses aériennes ukrainiennes.
Malgré les difficultés, l'Ukraine montre une résilience remarquable dans le domaine de la défense. Au cours de l'année écoulée, le pays a connu une croissance fulgurante de ses secteurs de la défense et des technologies, avec des millions de drones produits dans des usines décentralisées et bien protégées. Ces engins servent à neutraliser les défenses ennemies dans les régions frontalières et pourraient permettre une future offensive plus massive. Les drones ukrainiens ciblent également des infrastructures stratégiques russes, comme les raffineries de pétrole, les usines de missiles et les entrepôts logistiques. Certaines frappes atteignent même des navires en mer Noire. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky espère ainsi affaiblir la chaîne d'approvisionnement militaire russe et perturber son économie, tout en rendant la guerre plus visible pour la population russe.
Les experts doutent que les frappes ukrainiennes à longue portée suffisent à faire plier le président russe Vladimir Poutine. Hanna Notte, experte de la Russie au Centre James Martin d'études sur la non-prolifération, estime que les effets économiques et sociaux des attaques devraient s'aggraver considérablement pour que Moscou envisage un cessez-le-feu. Poutine mise sur sa capacité à étouffer toute contestation interne et à absorber les chocs économiques plus longtemps que l'Ukraine. Les analystes soulignent que, contrairement à l'Ukraine, la Russie dispose de ressources et de mécanismes de contrôle qui lui permettent de maintenir sa position malgré les perturbations. Ainsi, malgré les pertes humaines et matérielles, le Kremlin semble déterminé à poursuivre la guerre, sans perspective immédiate de négociation.

