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Géopolitique

Les États-Unis annoncent un accord de coopération nucléaire avec l’Arabie saoudite, un “triomphe” pour Riyad

Courrier International · mis à jour il y a 14 j

Washington a signé mercredi un accord de coopération nucléaire avec le royaume, ouvrant la voie à un programme nucléaire civil et à l’enrichissement d’uranium sur le sol saoudien. La presse américaine s’alarme des concessions accordées à Riyad, notamment d’une dérogation exemptant l’Arabie saoudite des inspections internationales renforcées habituellement exigées..

Accord historique nucléaire

Les États-Unis et l’Arabie saoudite ont signé le 22 juillet 2025 un accord de coopération nucléaire civil, qualifié de « coup de maître » par le New York Times. Cet accord, attendu depuis plus de cinq ans par Riyad, vise à développer les exportations américaines de technologies nucléaires tout en créant des emplois aux États-Unis. Il autorise l’Arabie saoudite à construire des centrales nucléaires pour diversifier sa production d’électricité, actuellement dépendante du gaz et du pétrole. L’accord prévoit également que l’Arabie saoudite puisse enrichir de l’uranium sur son territoire, une étape technique permettant de produire du combustible nucléaire pour les réacteurs. Cet enrichissement est généralement encadré par des traités internationaux pour éviter son détournement vers des usages militaires. Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane et le président américain Donald Trump ont officialisé cet accord lors d’une visite à la Maison-Blanche le 18 novembre 2025.

Garanties et dérogations

L’accord inclut des garanties pour empêcher l’Arabie saoudite d’utiliser cette technologie à des fins militaires, comme la fabrication d’armes nucléaires. Cependant, il comporte une exception majeure : contrairement aux accords nucléaires classiques, celui-ci ne soumet pas le royaume aux inspections internationales renforcées habituellement exigées. Par exemple, les Émirats arabes unis, autre pays du Golfe, doivent accepter ces inspections strictes. Ici, les contrôles les plus sensibles seraient réalisés par des équipes américaines, selon des modalités définies lors de la visite de Mohammed ben Salmane à Washington en novembre 2025. Cette dérogation suscite des inquiétudes, car elle pourrait affaiblir les mécanismes de non-prolifération nucléaire dans une région instable. Le texte doit encore être approuvé par le Congrès américain, dominé par les républicains, qui devrait donner son feu vert.

Risques de prolifération régionale

L’accord suscite des craintes quant à une possible course aux armements au Moyen-Orient. Le Wall Street Journal redoute que d’autres pays de la région, comme la Turquie ou l’Égypte, réclament des accords similaires, surtout si les États-Unis adoptent une approche plus flexible. L’article souligne que la Turquie, dirigée par Recep Tayyip Erdogan, pourrait faire pression pour obtenir des concessions, tandis que les Émirats arabes unis pourraient contester un traitement inégal. La région, déjà marquée par des tensions avec l’Iran, pourrait voir se multiplier les capacités d’enrichissement d’uranium, une étape clé pour fabriquer une arme nucléaire. Le journal qualifie cet accord de « erreur », estimant que l’Arabie saoudite n’a pas besoin d’enrichir de l’uranium sur son sol, sauf à vouloir préparer un programme militaire.

Ce que ça pourrait changer

Pour les États-Unis, cet accord représente une opportunité économique majeure. Il permettrait de booster les exportations de technologies nucléaires américaines, tout en créant des emplois bien rémunérés dans le secteur. Pour l’Arabie saoudite, il s’agit d’un pas vers l’indépendance énergétique, en réduisant sa dépendance aux énergies fossiles pour produire de l’électricité. Politiquement, cet accord renforce les liens entre Washington et Riyad, dans un contexte où les deux pays cherchent à contrer l’influence iranienne au Moyen-Orient. Cependant, il soulève des questions sur la crédibilité des engagements américains en matière de non-prolifération, surtout si d’autres pays de la région obtiennent des dérogations similaires. L’administration Trump justifie cet accord par la nécessité de sécuriser des alliés stratégiques, malgré les risques de prolifération.

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