☕️ L’académie Goncourt se positionne vite et maladroitement contre l’IA générative
L’académie Goncourt a annoncé vendredi 25 septembre la suppression de C’était ça ou mourir, de l’écrivain canado-haïtien Thélyson Orélien, de la liste des romans présélectionnés pour son célèbre prix, qui sera décerné le 4 novembre prochain. « Ce choix est dicté par la volonté de préserver l’intégrité du prix Goncourt, celle de l’Académie, dont le rôle […].
L’académie Goncourt a retiré le roman C’était ça ou mourir, écrit par Thélyson Orélien, de sa liste des livres présélectionnés pour son prix littéraire 2026. Cette décision, annoncée le 25 septembre 2026, intervient moins de deux semaines avant l’attribution du prix, prévue le 4 novembre. L’académie justifie cette exclusion par la volonté de protéger l’intégrité du prix et de promouvoir uniquement des œuvres écrites par des humains. Le communiqué officiel de l’académie précise que le retrait est motivé par des soupçons d’utilisation d’une intelligence artificielle générative (IA) pour rédiger l’ouvrage, bien que cette hypothèse ne soit pas confirmée.
Tout a commencé le 21 septembre 2026, lorsque un compte anonyme sur la plateforme X (anciennement Twitter), nommé Balance ton Claude et comptant seulement une centaine d’abonnés, a publié des captures d’écran d’une analyse réalisée avec Pangram, un outil de détection d’IA générative. Selon ces résultats, 20 passages du roman de Thélyson Orélien auraient été intégralement générés par une IA. L’auteur a nié ces accusations, tout comme son éditeur, Grasset, qui a qualifié ces révélations de campagne de haine. Entre le 22 et le 23 septembre, des internautes ont ensuite mis en lumière des accusations de plagiat dans une autre œuvre d’Orélien, Où va le monde, publiée en 2012, qui reprend des extraits du livre Le matin des magiciens de Louis Pauwels et Jacques Bergier, paru en 1960.
Le 24 septembre 2026, le journal Le Figaro a révélé que le compte anonyme Balance ton Claude était en réalité administré par Samuel Fitoussi, un chroniqueur du Figaro et un relais des premières accusations concernant l’utilisation potentielle d’une IA dans C’était ça ou mourir. Cette révélation a ajouté une dimension personnelle à l’affaire, suggérant que les accusations n’étaient pas uniquement le fait d’anonymes, mais aussi d’un professionnel des médias. La veille, Philippe Claudel, président de l’académie Goncourt, avait appelé à ne pas stigmatiser Thélyson Orélien, laissant entendre qu’une décision serait prise avant le 6 octobre, date à laquelle le jury devait publier une liste resserrée de finalistes.
Le communiqué de l’académie Goncourt du 25 septembre 2026 a suscité des interrogations en associant deux types d’accusations distinctes : l’utilisation supposée d’une IA générative et le plagiat avéré. L’académie reconnaît implicitement que l’accusation d’IA reste une présomption en écrivant que le roman est selon toute vraisemblance très largement écrit avec une IA. Les créateurs de Pangram, l’outil utilisé pour détecter l’IA, admettent que leur méthode ne fournit pas une preuve absolue, mais une probabilité élevée. L’académie a également précisé que sa décision visait à envoyer un message clair : elle ne cautionne pas l’utilisation de l’IA pour créer des textes littéraires, sans pour autant définir de seuil précis d’assistance IA au-delà duquel une œuvre serait exclue.
Le communiqué de l’académie Goncourt soulève plusieurs questions sur l’avenir des prix littéraires face à l’IA. Il n’est pas précisé si les œuvres candidates au Goncourt devront désormais systématiquement être soumises à des analyses par IA pour détecter une éventuelle assistance artificielle. De plus, l’académie n’a pas indiqué à quel niveau de détection (par exemple, 30 %, 50 % ou 80 % de texte généré) une œuvre serait recalée. Enfin, l’académie a clos le débat public sur cette affaire, sans préciser si d’autres grands prix littéraires français (comme le prix Renaudot ou le prix Femina) adopteront une position similaire. Cette décision rapide et controversée pourrait influencer les règles des prochaines éditions des prix littéraires en France.

