Dans l’univers de Marianne Pon-Layus
Le feuilleton de Jean-Christophe Réhel..
Marianne Pon-Layus est une artiste visuelle québécoise née dans le quartier de Villeray à Montréal. Son travail artistique se concentre principalement sur la représentation des femmes, évoluant au fil des années entre autoportraits et scènes collectives. Son approche artistique intègre des éléments de cinéma d'horreur, de mythologie et de récits de métamorphose pour explorer des thèmes comme la violence, la domination et la résilience féminine. Pon-Layus utilise des formats de plus en plus grands pour ses toiles, certaines mesurant plusieurs mètres, qu'elle peint parfois directement au sol pour recréer une expérience immersive proche du cinéma. Son objectif est de placer le spectateur physiquement devant ses œuvres, lui donnant un sentiment de liberté et d'engagement avec les récits représentés.
Entre 2012 et 2017, Marianne Pon-Layus se concentre principalement sur des autoportraits, utilisant son propre corps comme terrain d'exploration artistique. Progressivement, elle ressent le besoin de sortir de cette autoréférentialité et se tourne vers des univers plus sombres, inspirés par les films d'horreur et les récits de métamorphose. Cette transition marque un changement dans sa pratique : ses formats deviennent plus grands, ses toiles plus imposantes, et ses personnages féminins gagnent en agency, c'est-à-dire en capacité d'agir et de décider. Elle cherche à inverser les rôles traditionnels, par exemple en représentant des femmes qui se défendent plutôt que d'être des victimes passives, reflétant ainsi une volonté de remettre en question les rapports de pouvoir.
Les œuvres de Pon-Layus explorent plusieurs thèmes récurrents, notamment la lutte contre les inégalités sociales, les violences faites aux femmes et les attentes contradictoires imposées aux corps féminins. Elle s'inspire de mythologies et d'archétypes féminins, comme les déesses anciennes (par exemple, Ishtar), dont les représentations ont souvent été déformées au fil de l'histoire pour devenir des figures menaçantes ou démoniaques. L'artiste utilise des symboles comme les masques, les costumes ou les regards multiples pour évoquer la mémoire, l'intuition et une conscience élargie. Ses tableaux mêlent humour et gravité, réel et étrange, créant une mythologie personnelle où les femmes occupent l'espace et agissent plutôt que de subir.
Une œuvre de Pon-Layus, inspirée de la fête traditionnelle slave Ivana Kupala, représente deux femmes couronnées de fleurs sautant au-dessus d'un feu. Cette scène, qui trouve ses origines dans des traditions préchrétiennes, devient une métaphore de la condition des femmes face aux obstacles comme les inégalités persistantes, les violences et les attentes sociales. Les flammes symbolisent ces défis, tandis que les regards multiples peints sur les visages des femmes évoquent la transmission entre générations passées, présentes et futures. Cette œuvre reflète une réflexion contemporaine sur la résilience et la lutte féministe, transformant un rituel ancien en un message actuel sur la persistance des combats pour l'égalité.
Pon-Layus utilise des techniques pour immerger le spectateur dans ses œuvres. Ses toiles de grande taille, parfois peintes directement au sol, obligent le public à se tenir physiquement devant elles, créant une expérience proche de celle du cinéma. Elle joue avec la lumière, l'air et les détails pour donner une impression de mouvement et de vie à ses tableaux. Par exemple, l'auteur de l'article décrit une sensation de fraîcheur dans l'atelier de l'artiste, bien que les ventilateurs soient invisibles, comme si l'œuvre elle-même générait une atmosphère unique. Cette approche vise à déplacer quelque chose dans la perception du spectateur, en mettant en mouvement des récits et des rapports de pouvoir souvent perçus comme figés.
Le travail de Pon-Layus résonne fortement avec le contexte contemporain, marqué par une succession rapide d'images de guerre, de catastrophes et de crises. Elle utilise les récits horrifiques comme un outil pour révéler ce qui se cache sous les apparences, en extirpant les réalités complexes comme les inégalités sociales, les rapports de classes ou les violences invisibles. Ses œuvres interrogent la distance entre les événements et ceux qui les regardent, tout en explorant la coexistence entre l'effroi et l'habitude. En 2026, elle cherche à remettre en question les clichés persistants associés à la féminité, comme l'obligation d'être belle, agréable ou accommodante, en représentant des femmes qui ne correspondent pas toujours à ces attentes traditionnelles.

