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Culture

Aux origines de la Cinémathèque française qui fête ses 90 ans

France Culture - Savoirs · mis à jour 27 sept.

Née en 1936, la Cinémathèque française s’est imposée comme un lieu majeur de conservation et de transmission du patrimoine cinématographique. Historien du septième art, Christophe Gauthier revient sur sa création, ses collections et son rôle déterminant dans la formation de générations de cinéastes..

Naissance d'une mission

La Cinémathèque française a été fondée en 1936 pour préserver le cinéma muet, menacé par l'arrivée du cinéma parlant entre 1928 et 1932. À cette époque, les exploitants et distributeurs se débarrassaient massivement des films muets, jugés obsolètes, car ils ne pouvaient plus être diffusés. Cette situation a révélé l'urgence de sauvegarder ces œuvres, perçues comme des classiques du cinéma. Dès les années 1920, des initiatives isolées existaient pour conserver ces films, mais c'est le passage au parlant qui a accéléré la création d'une structure dédiée. En 1932, une journaliste, Lucienne Escoube, a souligné dans un article l'importance de sauver les films muets, considérés comme des œuvres de répertoire. Cette prise de conscience a conduit à la création de la Cinémathèque française en septembre 1936, sous forme associative, avec Henri Langlois comme figure centrale.

Fondateurs et vision

La Cinémathèque française a été créée par Henri Langlois, Georges Franju, Paul-Auguste Harlé et Jean Mitry, ce dernier devenant un historien influent du cinéma. Dès ses débuts, Langlois a collecté des films de manière privée avant de fonder officiellement la Cinémathèque. Contrairement à d'autres institutions similaires en Europe ou aux États-Unis, comme la Film Library du MoMA créée en 1935, la Cinémathèque française est restée une association loi 1901, bien que soutenue financièrement par le Centre national du cinéma (CNC). Son objectif initial était de rassembler tous les films, sans distinction entre œuvres majeures ou mineures, car Langlois et ses collaborateurs refusaient de juger ce qui deviendrait un chef-d'œuvre ou un navet. Par exemple, le fonds des films Albatros, aujourd'hui emblématique, a été intégré dès avant la Seconde Guerre mondiale.

Conservation des films

La conservation des films, en particulier ceux sur support nitrate (un matériau extrêmement inflammable et dangereux), a toujours été un défi pour la Cinémathèque française. Dès les années 1940, son conseil d'administration s'est préoccupé de leur stockage, mais les moyens manquaient. Une Cinémathèque nationale officielle, créée en 1934, avait déjà identifié le problème des films nitrate, nécessitant des espaces sécurisés comme des casemates éloignées des zones urbaines. Henri Langlois, lui, a dû disperser une partie de ses collections pendant la Seconde Guerre mondiale pour éviter leur saisie par les occupants allemands. Les incendies, comme ceux de 1959 et 1980, ont montré les limites des conditions de conservation. Ce n'est qu'à partir des années 1960, avec le soutien du CNC, que des blockhaus sécurisés ont été construits, notamment à Bois-d'Arcy, pour protéger ces archives.

Richesse des collections

Aujourd'hui, la Cinémathèque française conserve plus de 40 000 films et des milliers d'objets liés à l'histoire du cinéma, comme des affiches, des photographies, des costumes ou des archives de presse. Elle possède également des éléments appelés non-film dans le jargon des cinémathèques, qui incluent tout le matériel documentaire associé aux œuvres. Depuis sa création, elle a étendu ses collections à des productions du monde entier. Cependant, elle n'est plus la seule institution à assumer cette mission en France. Dès les années 1960, la Cinémathèque de Toulouse a émergé comme une autre structure majeure, tandis que le CNC a développé son propre service d'archives, notamment pour les films issus du dépôt légal. Malgré cette diversification, la Cinémathèque française reste une référence mondiale pour la richesse et la diversité de ses collections.

Ce que ça pourrait changer

La Cinémathèque française a joué un rôle clé dans la formation de la *Nouvelle Vague*, un mouvement cinématographique français des années 1950 et 1960. À cette époque, elle était à la fois un lieu de conservation, de programmation et d'exposition. Une génération de jeunes critiques, dont certains écrivaient pour les revues *Cahiers du cinéma* ou *Positif*, y a découvert l'histoire du cinéma sur grand écran. Henri Langlois a mis en place des expositions dès 1945, complétant les projections. Ces critiques, devenus cinéastes comme François Truffaut ou Jean-Luc Godard, ont considéré la Cinémathèque comme leur école de cinéma. Elle a également accueilli des figures majeures comme Alfred Hitchcock ou Fritz Lang, dont les archives sont aujourd'hui conservées sur place. Cette tradition se poursuit encore aujourd'hui.

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