Le géant américain Eli Lilly investit dans les psychédéliques
Le laboratoire américain qui avait lancé le Prozac est prêt à débourser l’équivalent de 3,3 milliards d’euros pour acquérir AtaiBeckley, une start-up new-yorkaise spécialisée dans le traitement des troubles mentaux grâce à des médicaments à base de psychotropes. Un marché naguère marginal auquel les géants pharmaceutiques s’intéressent de plus en plus..
Le géant pharmaceutique américain Eli Lilly, connu pour ses médicaments contre l’obésité et le diabète, a annoncé le 16 juillet 2024 le rachat de la start-up new-yorkaise AtaiBeckley pour 2,8 milliards de dollars (2,4 milliards d’euros). Cette acquisition s’inscrit dans une stratégie d’expansion vers le marché des psychédéliques thérapeutiques, une approche médicale utilisant des substances comme la diméthyltryptamine (DMT) pour traiter des troubles mentaux sévères, notamment la dépression. Eli Lilly, dont la capitalisation boursière dépasse les 960 milliards d’euros, cherche ainsi à diversifier ses activités après avoir connu des bénéfices records avec ses traitements contre l’obésité.
Le produit phare d’AtaiBeckley, le BPL-003, est un spray à base de DMT, une molécule classée comme psychotrope en raison de ses effets hallucinogènes puissants. La DMT est une substance naturelle présente dans certains végétaux et produite par le cerveau humain, mais elle est ici utilisée à des fins médicales sous contrôle strict. Les premiers essais cliniques de phase 3, qui évaluent l’efficacité et la sécurité du produit, sont prévus pour 2029. Si ces tests aboutissent, Eli Lilly pourrait investir un milliard de dollars supplémentaire pour finaliser le développement et obtenir l’homologation de la Food and Drug Administration (FDA), l’autorité américaine chargée de valider les médicaments.
AtaiBeckley développe également d’autres substances psychédéliques à visée thérapeutique, dont un dérivé de la MDMA (plus connue sous le nom d’ecstasy), une drogue récréative souvent associée à des effets euphorisants. La MDMA est ici étudiée pour ses propriétés potentiellement bénéfiques dans le traitement de troubles comme le stress post-traumatique ou la dépression sévère. Ces recherches s’inscrivent dans un mouvement scientifique croissant, bien que ces substances restent illégales dans de nombreux pays en dehors d’un cadre médical strict.
L’intérêt pour les psychédéliques thérapeutiques a été renforcé par un décret signé en avril 2024 par l’ancien président américain Donald Trump, inspiré par des personnalités comme le podcasteur conservateur Joe Rogan et le ministre de la Santé Robert F. Kennedy Jr. Ce décret ordonne à la FDA d’accélérer les recherches et les tests sur ces substances, afin de faciliter leur accès aux patients, en particulier aux anciens combattants souffrant de troubles mentaux. Cette décision reflète une reconnaissance progressive du potentiel thérapeutique des psychédéliques, malgré leur passé controversé lié à leur usage récréatif.
Selon les analystes, le marché des traitements psychédéliques pourrait atteindre 7 milliards de dollars (6,1 milliards d’euros) d’ici 2032. Cette projection s’appuie sur l’engouement croissant des laboratoires pharmaceutiques et des investisseurs pour ce secteur, autrefois considéré comme marginal. Par exemple, les actions d’AtaiBeckley ont bondi de 32 % dès l’annonce de son rachat par Eli Lilly, illustrant l’optimisme des marchés financiers. Cette dynamique s’ajoute à l’héritage d’Eli Lilly, qui a déjà commercialisé des antidépresseurs comme le Prozac ou le Cymbalta, renforçant ainsi sa position dans le domaine de la santé mentale.
AtaiBeckley a été fondée en 2025 par l’Allemand *Christian Angermayer*, un entrepreneur et investisseur spécialisé dans les biotechnologies, et soutenue financièrement par le milliardaire américain *Peter Thiel*, cofondateur de PayPal et figure controversée de la Silicon Valley. Leur collaboration illustre l’attrait des psychédéliques pour les acteurs économiques, malgré les défis réglementaires et éthiques liés à leur utilisation. Le rachat par Eli Lilly marque ainsi une étape clé dans la légitimation de ces traitements, tout en soulignant les enjeux économiques et scientifiques d’un secteur en pleine émergence.

