Royaume-Uni : la mort d’un ex-professeur lance un débat sur le harcèlement
Jason Arday a été accusé d'avoir triché pour être embauché à la prestigieuse Université de Cambridge..
Jason Arday était un professeur britannique noir de 41 ans, spécialisé en sociologie de l'éducation à l'Université de Cambridge, l'une des plus prestigieuses au monde. En 2023, il est devenu le plus jeune professeur noir de cette institution, un poste qu'il occupait depuis trois ans avant de démissionner le 5 août 2026. Diagnostiqué autiste dans son enfance, il a été reconnu pour son parcours académique remarquable, notamment par l'Association africaine et caribéenne de l'Université de Cambridge. Ses défenseurs soulignent son engagement et son inspiration pour les étudiants. Cependant, son parcours a été marqué par des controverses, notamment des accusations de plagiat et des remises en question sur certaines affirmations concernant ses réalisations personnelles, comme la prétention à avoir couru 30 marathons en 35 jours.
Les doutes sur les travaux de Jason Arday, notamment sa thèse de doctorat, ont commencé à émerger peu après sa nomination. Ces accusations ont été initialement portées par Nathan Cofnas, un chercheur américain renvoyé de Cambridge en 2024 pour des accusations de racisme. Plusieurs journaux ont ensuite publié des enquêtes remettant en cause l'intégrité académique d'Arday, bien que ce dernier ait reconnu avoir commis des erreurs mineures. Il a toujours nié être un fraudeur, affirmant que ces erreurs étaient présentées de manière disproportionnée. L'université a finalement ouvert une enquête début août 2026, après des mois de pression médiatique et politique.
La famille d'Arday et ses défenseurs dénoncent une campagne de harcèlement continu et de désinformation qui a duré plus de trois ans, depuis sa nomination. Ils estiment que ce harcèlement était motivé par le racisme, soulignant que des accusations similaires n'auraient probablement pas été aussi virulentes si Arday avait été blanc. Le professeur Simon Baron-Cohen, directeur du Centre de recherche sur l'autisme de Cambridge, a alerté sur la vulnérabilité d'Arday, diagnostiqué autiste, face à ces attaques. La famille a décrit cette campagne comme insupportable, conduisant à une dégradation de sa santé mentale. Des organisations comme Stand Up to Racism ont qualifié sa mort de résultat d'une chasse aux sorcières raciste, accusant la presse de droite et l'extrême droite de s'acharner contre lui.
La mort d'Arday a suscité des réactions à plusieurs niveaux. Le premier ministre britannique, Andy Burnham, a appelé à éviter les jugements hâtifs et à réfléchir aux causes profondes de cette tragédie. La vice-chancelière de Cambridge, Deborah Prentice, a exprimé son espoir que cette période puisse être un moment de compassion et de réflexion. Le maire de Londres, Sadiq Khan, a dénoncé une humiliation publique pernicieuse à laquelle Arday a été exposé. À l'inverse, certains acteurs politiques ont utilisé cette affaire pour alimenter des débats sur les critères de recrutement des chercheurs issus de la diversité, dans un contexte de tensions culturelles au sein des universités.
Jason Arday a été retrouvé mort le 15 août 2026 dans le sud de Londres. La police a indiqué que son décès n'était pas considéré comme suspect à ce stade, privilégiant la piste d'une mort naturelle ou d'un suicide. Une enquête est en cours pour déterminer la cause exacte. Cette incertitude a alimenté les spéculations, notamment de la part de ses proches et de ses défenseurs, qui y voient le résultat d'années de harcèlement. L'organisation Stand Up to Racism organise une veillée en mémoire d'Arday, tandis que des universitaires comme Kehinde Andrews, spécialiste de l'histoire et de la pensée politiques noires, soulignent la réalité difficile vécue par les universitaires noirs dans le milieu intellectuel.
Cette affaire relance le débat sur les politiques d'équité, de diversité et d'inclusion (*EDI*) dans les universités, un sujet déjà controversé au Canada et ailleurs. Certains y voient un outil nécessaire pour corriger des inégalités historiques, tandis que d'autres critiquent ces politiques, les accusant de favoriser des critères de recrutement non méritocratiques. L'affaire Arday illustre les tensions autour de ces questions, notamment dans les universités britanniques, où les débats sur la diversité et l'inclusion sont particulièrement vifs. Elle met en lumière les défis auxquels font face les universitaires issus de minorités, même dans des institutions prestigieuses comme Cambridge.

