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Discord accusée d’être un « terrain de chasse de mineurs » et de ne pas les protéger

Next.ink · mis à jour il y a 14 j

Alors que le procès d’un membre du réseau 764 va s’ouvrir à Paris la semaine prochaine, l’association e-Enfance pointe l’explosion des violences faites aux mineurs sur la plateforme Discord. Attention : le sujet de cet article est particulièrement difficile et certains détails évoqués peuvent heurter.

Procès d'un leader présumé

Le 5 octobre 2026 s'ouvre devant la cour d'assises de Paris le procès d'un homme accusé d'être l'un des leaders présumés du groupe CVLT (rebaptisé «764»). Il est soupçonné d'avoir commis des tortures et actes de barbarie sur douze filles âgées de 11 à 16 ans. Selon les éléments de l'enquête, cet individu, fasciné depuis son adolescence par «la fraternité aryenne et le fascisme», aurait attiré et piégé ces adolescentes via un forum Discord qu'il administrait. Les faits reprochés incluent notamment des contraintes à s'infliger des actes de tortures sexuelles. L'accusé reconnaît ces éléments. Ce procès illustre les dangers des plateformes en ligne pour les mineurs, surtout lorsque des groupes extrémistes ou criminels y recrutent ou manipulent des jeunes.

Discord pointé du doigt

L'association e-Enfance, qui gère le numéro de signalement 3018 pour les victimes de cyberharcèlement, a annoncé se constituer partie civile dans ce procès. Elle souligne une augmentation significative des signalements concernant la plateforme Discord pour la première moitié de l'année 2026. Entre le 1er et le 30 juin 2026, l'association a reçu 138 signalements, contre seulement 44 pour l'ensemble de l'année 2025, soit une multiplication par plus de trois en six mois. Ces signalements concernent des faits graves comme l'exploitation sexuelle de mineurs, l'extorsion, le grooming (manipulation d'un mineur par un adulte pour obtenir des faveurs sexuelles), le doxing (divulgation d'informations personnelles d'une personne sans son consentement) assorti de menaces de mort ou de swatting (fausse alerte criminelle pour provoquer l'intervention des forces de l'ordre).

Manquements de modération

L'association e-Enfance critique les manquements de Discord dans la gestion des signalements. Selon elle, le taux de retrait des contenus signalés par la plateforme serait limité à 33 %. Ce faible taux s'expliquerait par une exigence de Discord : l'envoi de l'identifiant utilisateur de l'auteur du contenu signalé. Or, cette information est souvent difficile d'accès pour les victimes, notamment lorsque celles-ci ont bloqué l'auteur des faits. Depuis le début de l'année 2026, 15 signalements sont dans cette situation, dont 13 concernent des victimes mineures. Par exemple, un signalement concernant une adolescente de 14 ans, contrainte à produire des contenus sexuels violents, n'a pu être transmis à Discord en raison de cette exigence. L'association souligne que Discord n'a pas précisé la nature des mesures prises ni transmis ces signalements au NCMEC (National Center for Missing and Exploited Children), malgré la gravité des faits.

Mécanismes d'extorsion

Des enregistrements obtenus par France Info révèlent des mécanismes d'extorsion sexuelle envers des mineurs sur Discord. Une lycéenne de 14 ans a expliqué avoir été manipulée par un adulte qui lui a dit : «Maintenant, tu es à moi, tu ne parles plus à personne et dès que je te demande un truc, tu le fais». Un autre cas concerne un garçon incité à se dénuder par un adulte se faisant passer pour un jeune joueur. Ce dernier a menacé de divulguer ses données personnelles, son adresse et son prénom si le mineur ne se conformait pas à ses demandes. L'association e-Enfance a identifié, au premier semestre 2026, quatre signalements portant sur des faits particulièrement graves : incitation à l'automutilation, contrainte à la production de contenus sexuels violents, exposition à des contenus de torture et de mort, ainsi que des discours de domination et d'emprise. Ces signalements sont parfois liés à des mouvances extrémistes violentes issues du réseau cybercriminel «The Com», auquel appartient le groupe CVLT.

Réponse de Discord

Contactée par Next, la plateforme Discord n'a pas directement réagi aux critiques d'e-Enfance. Elle affirme s'engager «pleinement en faveur de la sécurité de ses utilisateurs» et souhaite que sa plateforme soit un espace d'échange entre amis. Discord rappelle que ses conditions d'utilisation imposent un âge minimum de 13 ans pour ses utilisateurs. La plateforme met en avant ses outils de modération, comme le Discord Family Center, et son déploiement mondial d'outils de contrôle de l'âge, qui catégorisent automatiquement les utilisateurs selon les données recueillies. Discord affirme combiner des technologies de pointe et des équipes de modération pour détecter et supprimer les contenus illicites, tout en collaborant avec d'autres entreprises et organismes de sécurité pour améliorer la sécurité en ligne. Cependant, e-Enfance juge ces réponses «inégales» et souligne que Discord n'a pas toujours précisé la nature des mesures prises ou transmis les signalements au NCMEC.

Ce que ça pourrait changer

L'association *e-Enfance* joue un rôle clé dans la protection des mineurs en ligne en France. Elle gère le numéro 3018, dédié au signalement des cas de cyberharcèlement, et est reconnue comme le premier *«signaleur de confiance»* en France. Son observatoire analyse les signalements reçus et identifie des tendances préoccupantes, comme l'augmentation des faits graves sur Discord. L'association se constitue partie civile dans des procès liés à des infractions commises en ligne, comme celui du leader présumé du groupe *CVLT*. Elle critique ouvertement les lacunes des plateformes, notamment Discord, dans la gestion des signalements et la protection des mineurs. Ses rapports et analyses sont utilisés pour alerter les autorités et sensibiliser le public aux dangers des réseaux sociaux et des forums en ligne.

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