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Économie

Des élections suédoises en trompe-l’œil face aux enjeux identitaires

Telos · mis à jour 30 sept.

Les élections suédoises du 13 septembre n’ont dégagé aucune majorité, ce qui complique la formation d’un gouvernement. Au cœur de la campagne, l’immigration dépasse, comme ailleurs en Europe, le cadre d’un simple enjeu politique.

Élections sans majorité

Les élections législatives suédoises de septembre 2026 n’ont dégagé aucune majorité claire au Riksdag (Parlement suédois). Le bloc de gauche obtient 176 sièges sur 349, contre 173 pour le bloc de droite sortant. Cette situation d’impasse politique complique la formation d’un gouvernement, car aucun camp ne peut gouverner seul. En 2018, un gouvernement avait déjà mis près de quatre mois à être constitué après des élections similaires. La Suède, habituée à des gouvernements stables, doit désormais composer avec des divisions accrues entre partis, notamment sur des sujets comme l’immigration ou la politique économique. Le scrutin a enregistré une forte participation (près de 85%), reflétant l’importance des enjeux pour les citoyens.

Immigration au cœur des débats

L’immigration s’est imposée comme le thème central de la campagne électorale suédoise, comme dans d’autres pays européens. Plus de 20% de la population suédoise est née à l’étranger, soit environ 2 millions de personnes, un chiffre comparable à la France en proportion. La Suède a accueilli des vagues migratoires successives depuis 1945, d’abord des Européens fuyant le communisme, puis des réfugiés du Moyen-Orient, d’Afrique et des Balkans. Malmö, troisième ville du pays, symbolise ces tensions : près de 50% de ses habitants ont des origines étrangères et la ville est souvent associée à la criminalité liée aux gangs. Les partis politiques suédois, de la gauche à l’extrême droite, instrumentalisent ce sujet, avec des positions allant du durcissement des règles d’asile (comme en 2022 avec le gouvernement conservateur) à des mesures d’intégration renforcées.

Évolution du modèle suédois

La Suède a longtemps incarné un modèle social-démocrate fondé sur l’égalité (jämlikhet), la sécurité (trygghet) et une forte redistribution des richesses. Ce système, hérité des années 1930, reposait sur un État-providence généreux, avec des prélèvements obligatoires élevés (42,5% du PIB en 2024) et des inégalités faibles (coefficient de Gini de 0,27 après impôts). Cependant, depuis les années 1990, le pays a déréglementé son économie et réduit certains avantages sociaux, comme l’assurance chômage, désormais en dessous de la moyenne de l’OCDE depuis 2025. Malgré cela, la Suède compte aujourd’hui plus de milliardaires par habitant que les États-Unis, signe d’un creusement des inégalités. Ces transformations économiques et sociales alimentent les débats sur l’avenir du modèle suédois.

Démocrates suédois et extrême droite

Le parti Démocrates suédois (17,5% des voix en 2026), classé à l’extrême droite, a joué un rôle clé dans la vie politique récente. En 2022, il a soutenu le gouvernement de centre droit d’Ulf Kristersson (Modérés) en échange d’une politique migratoire plus restrictive. Cette alliance a marqué un tournant en normalisant les collaborations avec l’extrême droite, un tabou en Suède. Cependant, aux élections de 2026, les Démocrates suédois reculent, compliquant la reconduction d’une majorité à droite. Leur influence sur les politiques migratoires et sécuritaires reste nonetheless significative, car leurs idées ont gagné en légitimité dans le débat public. Leur recul reflète aussi les divisions au sein de la droite suédoise.

Société multiculturelle et tensions

La Suède est devenue une société multiculturelle, avec 19% de sa population née hors de l’Union européenne. Cette diversité, résultat de décennies d’immigration, est désormais perçue comme une source de tensions par une partie de la population. Le cinéma suédois illustre cette évolution : en 1970, En kärleks historia montrait une société presque homogène, tandis qu’en 2025, The Last Viking aborde frontalement les questions identitaires et les discriminations subies par les minorités. Les débats sur l’immigration reflètent une crise des valeurs collectives, avec des interrogations sur l’intégration des nouveaux arrivants et la préservation de l’identité suédoise. Malmö, souvent citée comme exemple de ces tensions, concentre ces enjeux.

Politique migratoire en mutation

La politique migratoire suédoise a connu des évolutions majeures depuis les années 1950. Initialement ouverte, elle s’est progressivement durcie, notamment après l’afflux de 163 000 réfugiés en 2015-2016. En 2001, la Suède a assoupli les règles sur la double nationalité, permettant aux immigrés de conserver leur nationalité d’origine. Cependant, depuis 2022, le gouvernement a restreint l’accès aux titres de séjour permanents, sous l’influence des Démocrates suédois. Ces mesures ont conduit à des situations paradoxales, comme le départ forcé de jeunes Afghans et Iraniens installés depuis plus de dix ans en Suède. La politique d’intégration, autrefois centrée sur l’égalité des conditions de vie, est désormais questionnée.

Blocages politiques et futur incertain

L’absence de majorité claire aux élections de 2026 laisse la Suède dans une situation d’incertitude politique. Les sociaux-démocrates (28% des voix), majoritaires à gauche, peinent à former une coalition stable. Leurs partenaires potentiels (Parti de gauche, Verts, Parti du Centre) ont des visions divergentes, allant de la sortie de l’OTAN (Parti de gauche) à des réformes libérales (Parti du Centre). À droite, une alliance entre les Modérés et les Démocrates suédois semble improbable en raison du recul de ces derniers. Magdalena Andersson, cheffe des sociaux-démocrates, reste favorite pour devenir Première ministre, mais les négociations s’annoncent complexes. Cette impasse politique rappelle les blocages observés dans d’autres démocraties européennes, comme la France.

Ce que ça pourrait changer

En mars 2024, la Suède a rejoint l’OTAN, mettant fin à deux siècles de *non-alignement militaire*. Cette adhésion, retardée par les réticences de la Turquie, marque un tournant géopolitique pour le pays. Le soutien à l’Ukraine fait consensus au *Riksdag*, de l’extrême gauche à l’extrême droite. Cependant, le parti *Vänster* (gauche, anciennement communiste) s’opposait à cette adhésion. Ce changement s’inscrit dans un contexte de tensions accrues avec la Russie, perçue comme une menace par une majorité de Suédois. Malgré cela, la défense reste un sujet secondaire dans les débats électoraux, contrairement à l’immigration ou à l’économie. L’OTAN influence désormais la politique étrangère suédoise, mais son impact sur la vie quotidienne des citoyens reste limité.

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