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2 / Votre cerveau ne décide plus correctement

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 11 j

Lorsque la crise survient, le cerveau ne voit plus qu’une issue et n’arrive plus à faire des choix. Il anticipe mal les possibilités à venir et ne freine plus l’impulsion suicidaire..

Crise et décision altérée

Lorsqu’une crise survient, le cerveau humain entre dans un mode de fonctionnement où sa capacité à prendre des décisions est profondément perturbée. Selon la professeure Émilie Olié, psychiatre au CHU de Montpellier spécialisée dans les conduites suicidaires, le passage à l’acte n’est pas un choix rationnel ou lucide. Il s’agit plutôt de la conséquence d’un système de décision débordé, incapable d’anticiper les conséquences à long terme. Le cortex préfrontal, une région cérébrale située à l’avant du cerveau, joue un rôle central dans ce processus. Ce dernier agit comme un tour de contrôle qui évalue les options, pèse les risques et freine les impulsions dangereuses. En période de crise, son activité diminue, réduisant ainsi sa capacité à inhiber les comportements impulsifs, comme une tentative de suicide. Cette altération n’est pas temporaire : elle reflète un trait de caractère durable chez certaines personnes, même en dehors des périodes de détresse psychologique.

Cortex préfrontal en difficulté

Le cortex préfrontal est une zone cérébrale essentielle pour la prise de décision, la régulation des émotions et l’inhibition des impulsions. Chez les personnes suicidantes, cette région s’active moins efficacement, ce qui les rend plus vulnérables aux choix immédiats, même s’ils sont destructeurs. Par exemple, une personne en détresse pourrait privilégier un soulagement instantané, comme une tentative de suicide, plutôt que de considérer les conséquences négatives à long terme. Ce dysfonctionnement n’est pas lié à un état psychologique passager, mais constitue une caractéristique durable de leur fonctionnement cérébral. Ainsi, même lorsque ces individus ne traversent pas de crise aiguë, leur cerveau traite l’information différemment, les rendant plus susceptibles de prendre des décisions impulsives et risquées.

Déclencheur et fenêtre critique

Un acte suicidaire survient souvent dans un laps de temps très court, généralement quelques minutes ou heures, après un élément déclencheur. Cependant, cet événement n’est pas toujours nécessaire : le passage à l’acte peut survenir lorsque tous les freins cérébraux lâchent simultanément. Une personne qui semble calme ou qui ne parle plus de ses idées suicidaires peut en réalité être en danger immédiat. En effet, son cortex préfrontal, déjà fragilisé, peut cesser de fonctionner correctement en quelques instants, sous l’effet d’un événement anodin. Cette crise se caractérise par une incapacité à anticiper l’avenir ou à freiner une impulsion suicidaire. La combinaison de ces déficits, ajoutée à une douleur psychique intense, crée un contexte où l’action devient inévitable, car le cerveau ne parvient plus à évaluer les risques de manière rationnelle.

Ce que ça pourrait changer

Les travaux d’Émilie Olié s’appuient sur les neurosciences, une discipline qui étudie le fonctionnement du système nerveux et du cerveau. Ses recherches montrent que le cortex préfrontal est impliqué dans trois fonctions essentielles : la prise de décision, l’inhibition des impulsions et le traitement de la douleur psychique. Lors d’une crise suicidaire, ces trois fonctions sont altérées simultanément, ce qui explique pourquoi une personne en détresse peut basculer dans l’action sans pouvoir se raisonner. Ces découvertes soulignent l’importance de comprendre les mécanismes cérébraux sous-jacents aux comportements suicidaires pour développer des stratégies de prévention plus efficaces. Elles remettent également en question l’idée que le suicide serait toujours le résultat d’un choix conscient et lucide.

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