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Géopolitique

Pourquoi Xi Jinping ne craint plus l’Europe

Le Grand Continent · mis à jour il y a 13 j

Face au nouveau choc industriel chinois, l’Union dispose de leviers considérables. Le parti communiste chinois a pourtant cessé de croire qu'elle s'en servirait.

Urgence perçue en Europe

L’Union européenne a pris conscience ces dernières années de l’asymétrie de sa relation commerciale avec la Chine, où le déficit commercial européen s’est creusé. Ce déséquilibre est devenu une urgence en 2025-2026, car la Chine maintient une stratégie de croissance tirée par les exportations, comme l’indique son plan quinquennal (2025-2030). Si rien n’est fait, cette tendance pourrait accélérer la désindustrialisation de certaines régions européennes. Contrairement aux États-Unis, où la préoccupation est liée à une obsession pour l’équilibre commercial, l’Europe analyse ce déficit comme un indicateur des risques systémiques posés par le modèle économique chinois. Les responsables bruxellois s’interrogent sur la signification réelle de ce déficit : s’agit-il d’un simple déséquilibre ou d’une menace structurelle pour l’industrie européenne ?

Limites institutionnelles

Malgré cette prise de conscience, la Commission européenne dispose de capacités limitées pour agir. Pendant des années, le dossier chinois a été relégué au second plan, notamment en raison d’autres crises comme la guerre en Iran ou les tensions avec Donald Trump. Une fois l’urgence reconnue, l’Union se heurte à des contraintes structurelles majeures. Contrairement à la Chine et aux États-Unis, qui agissent de manière unilatérale, l’Europe privilégie le respect des règles du commerce international, ce qui limite ses marges de manœuvre. De plus, toute décision doit obtenir l’unanimité des 27 États membres, souvent divisés sur la question chinoise. Par exemple, lors du Conseil européen de juin 2026, les États ont demandé à la Commission d’engager des négociations diplomatiques plutôt que des mesures concrètes, prolongeant ainsi le processus décisionnel.

Rôle de la Commission

La Commission européenne joue un rôle plus proactif que les États membres dans la gestion de la relation avec la Chine, car elle est chargée de la politique commerciale. Son approche est également influencée par les leçons tirées de la réponse européenne à l’invasion russe de l’Ukraine. Cependant, les commissaires ont des personnalités et des priorités différentes, ce qui peut entraîner des revirements. Par exemple, en 2025, deux banques chinoises ont été ajoutées à une liste de sanctions contre la Russie, mais elles en ont été retirées en avril 2026 après des menaces de représailles de la Chine. Cette décision a suscité des débats internes, révélant les tensions entre ceux qui souhaitaient maintenir une ligne dure et ceux craignant des représailles. Ursula von der Leyen, présidente de la Commission, reste la figure centrale de cette politique, avec une ligne ferme envers la Chine.

Outils existants et limites

L’Union européenne dispose d’un arsenal de mesures pour réguler ses échanges avec la Chine, mais leur efficacité est limitée. Les enquêtes antidumping et antisubventions ciblent des produits spécifiques, comme les bougies ou le canard laqué, mais ne couvrent pas les secteurs stratégiques. Les mesures de sauvegarde, utilisées dans des domaines comme l’acier ou les ferro-alliages, concernent des groupes de produits plus larges, mais elles touchent tous les partenaires commerciaux, pas seulement la Chine. La réglementation sur les subventions étrangères permet de cibler directement des entreprises chinoises, comme Nuctech, un fabricant d’équipements de sécurité, qui a été interdit de coopérer avec une enquête européenne en 2026. D’autres outils, comme l’instrument anti-coercition (créé en 2020 pour répondre aux pressions de Donald Trump), n’ont jamais été utilisés, malgré des cas évidents de coercition, comme les restrictions chinoises sur les terres rares en 2021.

Nouveaux outils envisagés

L’Union européenne étudie de nouveaux outils pour réduire sa dépendance à la Chine. Un mécanisme de solidarité est envisagé pour indemniser les entreprises victimes de représailles chinoises, comme des droits de douane sur les véhicules électriques. Un autre outil, un mécanisme de diversification, obligerait les entreprises à réduire leur dépendance à une seule source d’approvisionnement dans les secteurs critiques, sans citer explicitement la Chine. Ces mesures visent à limiter les moyens de pression de Pékin, mais leur adoption est freinée par la crainte des représailles. Par exemple, certains États membres hésitent à diversifier leurs approvisionnements, de peur de mécontenter la Chine. Un fonds de solidarité pourrait atténuer ces réticences en offrant une protection financière aux entreprises touchées.

Négociations en cours

La Commission européenne cherche à obtenir un rééquilibrage des échanges avec la Chine d’ici octobre 2026, mais les chances de succès sont faibles. Pékin a évoqué la possibilité d’accords d’achat pour réduire le déficit commercial, comme l’achat de véhicules électriques ou d’équipements ASML (un fabricant néerlandais de machines pour semi-conducteurs). Cependant, ces mesures ne résoudraient pas les déséquilibres structurels. Un accord pourrait porter sur des domaines spécifiques, comme la suppression des droits de douane sur les véhicules électriques ou des investissements dans la chaîne d’approvisionnement européenne des batteries. Ces avancées, même limitées, permettraient aux deux parties de désamorcer les tensions et d’afficher un semblant de progrès.

Ce que ça pourrait changer

Les positions des États membres sur la Chine varient considérablement. La France et l’Allemagne incarnent deux approches opposées : Paris prône une ligne dure, tandis que Berlin, protectrice de ses industries, est plus prudente. D’autres pays, comme la Lituanie ou la République tchèque, ont longtemps adopté une position ferme envers la Chine, mais certains, comme la Lituanie, reconsidèrent leur stratégie après avoir subi des représailles (radiation du système douanier chinois en 2021). La Hongrie, sous Viktor Orbán, était un allié de Pékin, mais la situation est devenue moins claire depuis son départ. La Belgique soutient une ligne dure, tandis que l’Espagne, dirigée par Pedro Sánchez, s’est imposée comme un partenaire privilégié de la Chine, s’opposant même à des mesures européennes contre Pékin lors du Conseil européen de juin 2026.

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