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Culture

Henri Matisse, peindre à en perdre le nord

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 2 j

En 1890, Henri Matisse a 20 ans. Clerc de notaire à Saint-Quentin dans le nord de la France, le jeune homme est atteint de crises d’estomac et tue l'ennui à l’hôpital grâce à la pratique du dessin.

Un jeune homme en crise

En 1890, Henri Matisse, âgé de 20 ans, travaille comme clerc de notaire à Saint-Quentin, dans le nord de la France. Ce métier de bureau, qu'il exerce pour un maître nommé Duconseil, consiste à copier des documents juridiques et à classer des dossiers. Matisse, issu d'une famille de marchands de grains, n'a aucune passion pour le droit et se sent perdu dans cette activité qu'il compare à de l'hébreu, c'est-à-dire quelque chose d'incompréhensible. Sa santé fragile le handicape : il souffre de crises d'estomac répétées et d'une hernie inguinale, qui l'obligent à rester alité pendant des semaines à l'hôpital. C'est dans ce contexte de douleur et d'ennui que se produit un tournant décisif dans sa vie.

La découverte du dessin

Lors de son hospitalisation, Matisse rencontre un voisin, Léon Bouvier, qui passe ses journées à peindre des paysages suisses à partir de reproductions en couleurs. Bouvier lui conseille de se mettre au dessin pour se distraire après une dure journée de travail. Cette suggestion marque le début d'une révélation pour Matisse. Sa mère, Anna, lui achète une boîte de couleurs et il réalise son premier dessin connu : une reproduction d'un vieux moulin. Bien que cette œuvre ne soit pas retenue par l'histoire de l'art, elle symbolise le début de sa passion pour la peinture. Peu à peu, ses crises de santé s'atténuent et il retrouve l'appétit de vivre grâce à cette nouvelle activité.

Une formation autodidacte

Après sa sortie de l'hôpital, Matisse achète un manuel de peinture intitulé Manuel général et complet de la peinture à l'huile de Frédéric Goupil. Ce livre, destiné aux amateurs sans accès à des tableaux, lui apprend les bases techniques : tenir un pinceau, préparer une toile et installer un atelier. Goupil y écrit que le peintre doit commencer par fixer son idée sur la toile, une philosophie qui influencera Matisse. En juin 1890, il réalise sa première nature morte, représentant un bureau avec des livres en cuir posés sur un journal. Il signe cette œuvre du pseudonyme Essitam, son nom de famille à l'envers. Pour approfondir ses connaissances, il rejoint ensuite l'école gratuite de dessin Quentin de La Tour et suit les cours d'Emmanuel Croizé, un peintre local.

Le départ pour Paris

Matisse décide de quitter Saint-Quentin pour se consacrer pleinement à la peinture. En octobre 1891, il s'installe à Paris et s'inscrit à l'Académie Julian, une école d'art privée. Cependant, il échoue à l'examen d'entrée des Beaux-Arts, l'une des écoles les plus prestigieuses de France. Malgré ce revers, il ne renonce pas à son rêve. Grâce à l'intervention de son père, qui accepte finalement sa vocation artistique, il intègre l'atelier de Gustave Moreau, un maître du symbolisme. Moreau lui enseigne que la force d'une peinture vient de la tête, pas de la main, une idée qui influencera profondément son approche de l'art. Cette période marque le début de sa carrière de peintre.

Ce que ça pourrait changer

À 20 ans, Matisse trouve dans la peinture un moyen de se sauver et de donner un sens à sa vie. Cette passion le suivra toute sa carrière, lui redonnant un élan vital à différents moments de son existence. Par exemple, en 1941, après une grave opération chirurgicale, l'art lui permet de retrouver la force de vivre. Matisse, qui a commencé à peindre jeune, illustre ainsi comment la création peut devenir une source inépuisable de résilience. Son parcours montre que la peinture n'est pas seulement un métier, mais aussi un refuge et une forme de thérapie, capable de transformer la souffrance en beauté.

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