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Suspicion de peste en Russie : doit-on vraiment s’inquiéter ?

France Culture - Savoirs · mis à jour 7 oct.

La nuit du 2 octobre, Daria Tchipilova, travaillant dans un institut de lutte contre les infections dangereuses en Russie, est décédée. Une des hypothèses est que la jeune femme aurait pu contracter la peste pulmonaire.

Décès en Russie

Dans la nuit du 2 octobre 2026, une technicienne de laboratoire russe nommée Daria Tchipilova, âgée de 29 ans, est décédée dans un institut spécialisé dans la lutte contre les infections dangereuses. L'hypothèse principale évoquée par les autorités est qu'elle aurait contracté la peste pulmonaire après la casse d'une éprouvette contenant des bactéries Yersinia pestis, responsables de cette maladie. Bien que les informations officielles ne soient pas encore confirmées, cette affaire a rapidement suscité l'inquiétude en Russie et au-delà. Les autorités russes tentent de minimiser l'événement, mais la nouvelle s'est propagée, alimentant les craintes d'une possible épidémie ou d'un incident lié à des armes biologiques. La peste pulmonaire est une forme grave de la peste, transmise par voie respiratoire, contrairement à la peste bubonique, plus connue, qui se transmet par les puces des rongeurs.

Rôle de l'infectiologue

Xavier Lescure, infectiologue à l'hôpital Bichat-Claude-Bernard à Paris et professeur à l'université Paris-Cité, a été interrogé sur cette affaire. Il est également membre du Comité de veille et d'anticipation des risques sanitaires (Covars), un organisme français chargé d'évaluer les menaces pour la santé publique. Selon lui, bien que la peste soit une maladie rare en Europe, elle circule encore dans certaines régions du monde, notamment en Asie et en Afrique. En Russie, des cas sporadiques sont régulièrement signalés, principalement dans des zones rurales ou reculées. L'expert souligne que les laboratoires travaillant sur des pathogènes dangereux, comme celui où travaillait Daria Tchipilova, suivent des protocoles de sécurité stricts pour éviter les contaminations. Cependant, des accidents peuvent toujours survenir, comme une erreur humaine ou une défaillance technique.

Peste : une maladie ancienne

La peste est une maladie infectieuse connue depuis l'Antiquité, souvent associée à des épidémies dévastatrices comme la Peste noire au Moyen Âge, qui a tué entre 30 et 60 % de la population européenne. Aujourd'hui, grâce aux antibiotiques, elle est généralement traitable si elle est diagnostiquée à temps. Cependant, la peste pulmonaire, comme celle suspectée dans ce cas, est plus dangereuse car elle se transmet par voie aérienne et peut provoquer une pneumonie sévère. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), entre 1 000 et 3 000 cas de peste sont recensés chaque année dans le monde, principalement en Afrique subsaharienne. En Russie, les cas sont plus rares, mais des foyers persistent dans certaines régions comme la Sibérie ou le Caucase. La maladie reste sous surveillance constante en raison de son potentiel épidémique.

Craintes sanitaires et géopolitiques

L'affaire de la technicienne russe a ravivé deux types de craintes : sanitaires et géopolitiques. Sur le plan sanitaire, elle rappelle que même les pays développés ne sont pas à l'abri d'accidents en laboratoire, surtout lorsqu'ils manipulent des pathogènes hautement contagieux. Sur le plan géopolitique, certains observateurs s'interrogent sur la possibilité d'un incident lié à des armes biologiques, bien que cette hypothèse soit jugée peu probable par les experts. La Russie possède en effet des programmes historiques de recherche sur les armes biologiques, hérités de l'époque soviétique, mais ces activités sont officiellement interdites depuis les années 1990. Les autorités russes ont rapidement démenti toute implication dans une éventuelle utilisation malveillante de la peste, insistant sur le caractère accidentel de l'incident.

Ce que ça pourrait changer

Le Kremlin a tenté de rassurer la population russe en minimisant l'ampleur de l'incident. Les médias d'État ont relayé des déclarations officielles indiquant que la situation était sous contrôle et qu'aucun risque de contamination généralisée n'existait. Cependant, la nouvelle s'est rapidement répandue sur les réseaux sociaux et dans les médias internationaux, alimentant des spéculations. Les autorités sanitaires russes ont lancé une enquête pour déterminer les causes exactes du décès de Daria Tchipilova et vérifier si d'autres personnes auraient pu être exposées. En France, Xavier Lescure a rappelé que les laboratoires manipulant des pathogènes dangereux, comme celui en Russie, sont soumis à des normes de biosécurité strictes, mais que des accidents restent possibles. L'OMS a également été saisie pour évaluer la situation.

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