What Europe’s EU Inc. framework for boosting competitiveness can and should learn from startup fraud in the US
The European Parliament and the Council of the European Union are currently debating EU Inc , draft legislation seeking to establish a single set of rules for starting, operating, and growing a business across EU member states. The proposed framework is designed to make business registration and operation within the EU faster, easier, and more harmonised.
L’Union européenne (UE) travaille sur un projet législatif appelé EU Inc., visant à créer un ensemble unique de règles pour simplifier la création, le fonctionnement et la croissance des entreprises dans tous les États membres. Ce cadre, surnommé le « 28e régime », propose notamment un enregistrement d’entreprise en 48 heures pour moins de 100 €, entièrement dématérialisé, incluant la levée de fonds et l’accès aux marchés boursiers. L’objectif est de réduire l’écart d’innovation entre l’UE et les États-Unis, où le marché du capital-risque est plus développé. Ce projet s’inscrit dans la stratégie UE Startup et Scaleup, lancée pour stimuler la compétitivité européenne. Les institutions concernées sont le Parlement européen et le Conseil de l’UE, qui débattent actuellement de ce texte.
La Silicon Valley, symbole de l’innovation technologique, présente des caractéristiques qui rendent les startups vulnérables aux fraudes. Parmi ces facteurs, on trouve une culture de la destruction créative, des marchés de capitaux privés très liquides, un manque de supervision formelle et des cycles de hype technologique. Ces éléments encouragent les entrepreneurs à présenter une image exagérée de leur entreprise pour attirer des investisseurs, parfois en franchissant la ligne de la fraude. Par exemple, le cas emblématique d’Elizabeth Holmes et de son entreprise Theranos illustre cette tendance : elle a trompé des investisseurs en organisant des démonstrations de produits fictifs, utilisant des machines tierces pour simuler des tests sanguins révolutionnaires. Les fraudes peuvent prendre des formes variées, allant de la falsification de revenus à la création de faux clients ou d’audits bidon.
Les fraudes dans les startups sont plus fréquentes qu’on ne le pense et concernent des entreprises réelles, souvent dirigées par des entrepreneurs ambitieux. Une étude récente montre que la pression pour atteindre une valuation d’un milliard de dollars (appelée unicorn) en moins de sept ans pousse certains fondateurs à justifier la fraude comme un moyen de maintenir l’engagement des investisseurs, surtout lorsque la technologie ou les contrats clients ne se concrétisent pas. Les fraudes peuvent être sophistiquées, comme l’utilisation de fausses références clients ou d’audits falsifiés, ou plus simples, comme la déclaration de revenus issus de contrats expirés. Les startups restent privées plus longtemps, échappant ainsi à la surveillance des régulateurs, ce qui aggrave le problème. En 2023, Elizabeth Holmes a été condamnée à 135 mois de prison pour fraude, mais son cas n’est qu’un exemple parmi d’autres.
L’essor de l’intelligence artificielle (IA) et des deepfakes (vidéos ou audios truqués) pourrait faciliter les fraudes dans les startups. Les startups spécialisées en IA attirent des investissements massifs, avec des valorisations atteignant 965 milliards de dollars pour des entreprises comme Anthropic. Cependant, les études montrent que les startups fondées pendant les cycles de hype technologique sont plus susceptibles de commettre des fraudes. Les deepfakes permettent de falsifier des données financières, de simuler des clients ou des investisseurs, et de créer des façades de croissance rapide. L’UE, en cherchant à digitaliser entièrement les procédures de création et de gestion des entreprises via EU Inc., pourrait introduire des vulnérabilités supplémentaires si aucune mesure de protection n’est mise en place.
L’Europe n’est pas épargnée par les fraudes dans les startups. Des cas notables incluent Wirecard, une licorne allemande de traitement de paiements, Unzer, une autre startup allemande, et Envion AG, une entreprise suisse-allemande spécialisée dans les cryptomonnaies. Ensemble, ces scandales ont entraîné des pertes estimées à 2,3 milliards d’euros pour les investisseurs. Ces exemples soulignent la nécessité pour l’UE d’éviter de reproduire les erreurs du modèle américain, notamment en matière de supervision insuffisante et de pression excessive pour une croissance rapide. L’UE doit donc tirer des leçons de ces échecs pour renforcer son propre cadre réglementaire.
Pour limiter les fraudes dans les startups, plusieurs mesures peuvent être mises en place. D’abord, renforcer les sanctions pénales contre les fraudeurs envoie un signal fort aux entrepreneurs et investisseurs. Ensuite, créer des agences de régulation spécialisées pour surveiller les startups et détecter les fraudes plus tôt, plutôt que d’intervenir après des années de tromperie. Les lanceurs d’alerte jouent également un rôle clé : dans de nombreux cas, ce sont des employés ou membres du conseil d’administration qui révèlent les fraudes. L’UE dispose déjà de lois de protection des lanceurs d’alerte plus strictes que les États-Unis. Enfin, améliorer l’indépendance des conseils d’administration et la vérifiabilité des données des entreprises peut réduire les risques. Par exemple, les startups où le fondateur contrôle le conseil d’administration sont 88 % plus susceptibles de commettre des fraudes.
Le principal défi reste de réduire les incitations à la fraude, notamment en remettant en question des valeurs comme *« croître à tout prix »*, *« faire semblant jusqu’à y arriver »* ou *« aller vite et casser des choses »*. Le projet **EU Inc.** se concentre sur la simplification des règles et la réduction des coûts de création d’entreprise, mais il devrait aussi intégrer des principes éthiques pour encourager une croissance durable. Cela implique de promouvoir une culture où les entrepreneurs, investisseurs et régulateurs privilégient la transparence et la pérennité plutôt que des succès éphémères. L’objectif n’est pas seulement de faciliter la création d’entreprises, mais de construire un écosystème où la confiance et l’intégrité priment.

