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Les fossiles cachés de l’Île-du-Prince-Édouard

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 22 j

Une course contre le temps est lancée pour sauver des fossiles du Permien, datant de 300 millions d’années..

Un trésor paléontologique

L'Île-du-Prince-Édouard cache des fossiles datant de l'ère du Permien, il y a près de 300 millions d'années. Ces vestiges, enfouis dans des falaises de grès rouge, révèlent des empreintes de reptiles et d'amphibiens ayant vécu à une époque où la Terre formait un seul supercontinent, la Pangée. Contrairement aux idées reçues, cette région n'était pas stérile : elle abritait des plaines d'inondation arides sous un climat équatorial. Les fossiles, souvent invisibles à l'œil nu, sont découverts par des passionnés comme Patrick Brunet, un ancien pêcheur devenu chasseur de fossiles. Depuis 2018, plus de 200 spécimens ont été identifiés, relançant l'intérêt pour cette région méconnue de la paléontologie canadienne.

La Pangée, un monde disparu

Il y a 290 millions d'années, les continents actuels n'existaient pas. Ils formaient un unique supercontinent appelé Pangée, dont l'Île-du-Prince-Édouard occupait le centre, directement sous l'équateur. Le paysage était alors radicalement différent : des plaines arides balayées par des rivières intermittentes, sous un soleil de plomb. Cette période, appelée Permien, marquait la transition entre l'âge du carbone humide et un climat sec. Les animaux devaient s'adapter à ces conditions extrêmes, laissant derrière eux des empreintes fossilisées dans la boue, qui se sont transformées en grès rouge au fil des millénaires. Ces traces révèlent la démarche et le comportement des espèces disparues.

Patrick Brunet, chasseur de fossiles

Patrick Brunet, 50 ans, est un ancien pêcheur devenu l'un des découvreurs les plus prolifiques de fossiles de l'Île-du-Prince-Édouard. Passionné par les dinosaures depuis l'enfance, il a fabriqué à 10 ans une maquette du Bathygnathus borealis, un reptile du Permien découvert en 1845 au Canada. Après avoir lu un livre de John Calder en 2018, il a trouvé son premier fossile en 20 minutes, déclenchant une quête qui l'a mené à identifier plus de 200 spécimens. Pour lui, chaque découverte est un moment de stupéfaction : « Je suis la première personne à voir ce fossile depuis 300 millions d'années ! ». Son travail, alliant art et science, illustre comment des citoyens ordinaires peuvent contribuer à la recherche scientifique.

John Calder, le géologue persévérant

John Calder, docteur en géologie et paléontologie, est une figure clé de la redécouverte des fossiles de l'Île-du-Prince-Édouard. Dans les années 1980 et 1990, il a été l'un des premiers à identifier des empreintes de reptiles sur l'île, malgré le scepticisme de ses pairs. Convaincu que la région n'était pas stérile, il a publié en 2018 un livre, Island at the Centre of the World, qui a inspiré des centaines de découvertes par des amateurs. Aujourd'hui, il collabore avec Patrick Brunet pour référencer et étudier les fossiles dans une base de données. Son travail montre l'importance de la persévérance dans la recherche scientifique.

Des empreintes fossilisées uniques

Les fossiles de l'Île-du-Prince-Édouard sont principalement des empreintes de pas d'animaux ayant vécu il y a 300 millions d'années. Ces traces se sont formées lorsque des reptiles et amphibiens marchaient sur des boues humides, laissant des marques qui ont été cuites par le soleil avant d'être recouvertes par des sédiments. Au fil des millénaires, ces sédiments se sont transformés en grès, préservant à jamais la forme des empreintes. Chaque fossile révèle des détails sur la démarche, le poids et le comportement des animaux, offrant un aperçu unique de la vie sur la Pangée. Ces découvertes sont comparables à des dalles de béton sur lesquelles des empreintes d'animaux modernes seraient figées.

Le dimétrodon, star du Permien

Le dimétrodon est un reptile emblématique de l'ère du Permien, souvent confondu avec les dinosaures en raison de sa voile dorsale. Découvert pour la première fois au Canada en 1845 sur l'Île-du-Prince-Édouard, il était à l'origine considéré comme un dinosaure. Cependant, des recherches publiées en 2015 ont révélé qu'il s'agissait en réalité d'un prédateur doté d'une voile dorsale, vivant près de 60 millions d'années avant l'apparition des dinosaures. Ce fossile, appelé Bathygnathus borealis, est aujourd'hui un symbole de la paléontologie insulaire et un exemple de la façon dont les découvertes peuvent évoluer avec les avancées scientifiques.

Ce que ça pourrait changer

Depuis 2018, des centaines de fossiles ont été découverts par des citoyens ordinaires, inspirés par le livre de John Calder. Ces amateurs, comme Patrick Brunet, travaillent en collaboration avec des spécialistes pour référencer et étudier les spécimens. Leurs découvertes sont conservées dans une base de données au parc national de l'Île-du-Prince-Édouard, à Greenwich. Cette collaboration illustre comment la science citoyenne peut enrichir la recherche, en combinant l'expertise des professionnels et la passion des amateurs. Elle montre aussi l'importance de rendre la science accessible au grand public.

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