La Guerre d’Espagne, une guerre civile européenne 5/11 : La Guerre d'Espagne, guerre ou révolution ?
Durant la Guerre d'Espagne apparut une fracture idéologie dans le camp républicain : gagner la guerre avant de faire la révolution, ou mener les deux de front ? C'est ce qu'explore ce 2e volet de la série de la série qu'en 1986 Carlos Semprun Maura et Philippe Ganier-Raymond consacrent à ce conflit..
Pendant la Guerre d'Espagne (1936-1939), le camp républicain, opposé au coup d'État franquiste, était divisé sur une question cruciale : fallait-il prioriser la victoire militaire contre les nationalistes ou mener simultanément une révolution sociale ? D'un côté, les communistes staliniens, soutenus par l'URSS, estimaient que la révolution devait attendre la fin de la guerre. De l'autre, les anarchosyndicalistes de la CNT (Confédération Nationale du Travail) et les trotskistes du POUM (Parti Ouvrier d'Unification Marxiste) affirmaient que la guerre et la révolution étaient indissociables. Cette division affaiblit la résistance républicaine face aux franquistes. Les communistes staliniens, majoritaires, recevaient des directives directes de Moscou à partir de novembre 1936, ce qui influençait leurs décisions stratégiques.
La Guerre d'Espagne a déclenché une révolution sociale spontanée, notamment en Catalogne et en Aragon, où les travailleurs et les paysans ont pris le contrôle des usines, des terres et des services publics. Cette révolution, décrite comme unique dans l'histoire, a été portée par des organisations comme la CNT (anarchosyndicaliste) et la FAI (Fédération Anarchiste Ibérique). Federica Montseny, ancienne ministre de la Santé (1936-1937) et membre de la CNT, a souligné que « ce sont les travailleurs qui ont fait la révolution, et la guerre aussi ». Cette révolution a permis des avancées sociales majeures, comme la collectivisation des entreprises et l'abolition des hiérarchies traditionnelles, mais elle a aussi provoqué des tensions internes au camp républicain.
À partir de novembre 1936, l'URSS et le Parti Communiste Espagnol (PCE), sous influence stalinienne, ont cherché à mettre fin à la révolution sociale qui échappait à leur contrôle. Staline voyait dans cette révolution une menace pour la stabilité politique et a ordonné au PCE de réprimer les anarchistes et les trotskistes. Cette répression a pris des formes radicales, notamment lors des Journées de Mai 1937 à Barcelone, où des combats ont opposé communistes staliniens et anarchistes. Carlos Semprun Maura, co-auteur du podcast, affirme que Moscou dictait alors les décisions au sein du camp républicain, au détriment de l'unité nécessaire pour vaincre Franco.
Plusieurs figures ont joué un rôle central dans cette fracture idéologique. Fernando Arrabal, dramaturge et cinéaste, a contribué à éclairer les tensions entre les différents courants. Federica Montseny, intellectuelle anarchiste et ministre, a défendu l'idée que la révolution devait accompagner la guerre. Manuel Azcarate, ancien dirigeant du PCE, et Wilebaldo Solano, dirigeant du POUM, ont illustré les positions opposées au sein du camp républicain. Josep Tarradellas, président de la Généralité de Catalogne en exil, a également témoigné des divisions internes. Enfin, Abel Paz, historien anarchiste, a documenté les événements de cette période.
La division idéologique au sein du camp républicain a affaibli sa capacité à résister aux franquistes. Les communistes staliniens, en suivant les ordres de Moscou, ont privilégié la lutte contre les anarchistes et les trotskistes plutôt que contre les nationalistes. Cette stratégie a provoqué des conflits internes, comme les *Journées de Mai 1937*, qui ont affaibli l'unité républicaine. La répression contre le *POUM* et la *CNT* a également discrédité le camp républicain aux yeux des populations locales et des soutiens internationaux. Ces divisions ont contribué à la défaite finale des républicains en 1939, marquant la fin de la révolution sociale et l'instauration de la dictature franquiste.

