"Portobello" : Marco Bellocchio met-il l'Italie en procès ?
Après Esterno Notte (2022) le cinéaste Marco Bellocchio reprend la forme sérielle pour plonger dans “le cas Tortora”, l’histoire d’une faillite institutionnelle qui a bouleversé l’Italie des années 80..
En 1983, l’Italie est secouée par l’arrestation d’Enzo Tortora, présentateur vedette de l’émission télévisée Portobello, l’une des plus populaires du pays à l’époque. Il est accusé de collusion avec la Camorra, un groupe mafieux napolitain, ainsi que de trafic de drogue. Cette affaire, largement médiatisée, divise profondément l’opinion publique italienne. Les Italiens se demandent alors si Tortora est coupable ou innocent, tandis que les institutions judiciaires et politiques sont mises sous pression. L’affaire prend une dimension symbolique, révélant les tensions d’une société italienne encore marquée par les années de plomb (période de violences politiques et d’instabilité dans les années 1970-1980).
Le cinéaste italien Marco Bellocchio, figure majeure du cinéma transalpin depuis plus de soixante ans, s’empare de cette affaire pour en faire une mini-série en six épisodes intitulée Portobello. Diffusée à partir du 8 octobre 2026 sur la plateforme Arte.tv et à la télévision sur Arte les 15 et 22 octobre 2026, cette œuvre explore les fractures d’une société italienne en crise. Bellocchio, connu pour son regard critique sur l’Italie, utilise cette histoire pour interroger les failles de la justice, des médias et des institutions. La série mêle drame carcéral et enquête judiciaire, offrant une plongée dans les rouages d’un système en proie au doute.
L’affaire Tortora survient dans un contexte où l’Italie tente de se reconstruire après les années de plomb, marquées par des attentats terroristes, des luttes politiques violentes et une corruption endémique. Les années 1980 voient émerger des scandales politico-financiers, comme l’affaire P2 (une loge maçonnique secrète impliquée dans des complots politiques), qui ébranlent la confiance des citoyens envers leurs dirigeants. L’arrestation de Tortora, personnalité médiatique, cristallise ces tensions : elle révèle la méfiance croissante envers les élites et les médias, perçus comme complices de systèmes opaques. La société italienne est alors en pleine mutation, entre modernisation économique et crise des valeurs traditionnelles.
L’affaire Tortora met en lumière le rôle ambigu des médias et de la justice dans une démocratie. Tortora, star de la télévision, devient malgré lui le symbole d’un système où les apparences peuvent tromper. Les médias, en amplifiant l’affaire, contribuent à la polarisation de l’opinion publique, tandis que la justice, sous les projecteurs, doit faire face à des pressions politiques et populaires. Le procès de Tortora, qui dure plusieurs années, devient un miroir des dysfonctionnements institutionnels. La mini-série de Bellocchio interroge ainsi la frontière entre culpabilité et innocence, entre manipulation médiatique et recherche de vérité.
La mini-série Portobello est disponible en ligne depuis le 8 octobre 2026 sur Arte.tv, avec une diffusion télévisée sur Arte les 15 et 22 octobre 2026 à 21h. Parallèlement, un documentaire de 52 minutes intitulé Marco Bellocchio, le cinéma de la révolte à la tendresse, réalisé par Sandra Marti, est présenté en octobre 2026, notamment au Festival Lumière 2026 de Lyon. Ces deux œuvres offrent une immersion dans l’univers du cinéaste et dans les enjeux politiques et sociaux de l’affaire Tortora, tout en soulignant l’importance du cinéma comme outil de réflexion collective.
Marco Bellocchio, né en 1939, est l’un des derniers grands représentants du *cinéma politique italien*, mouvement qui a émergé dans les années 1960-1970. Son premier long-métrage, *Les Poings dans les poches* (1965), avait marqué un tournant en critiquant les structures familiales et sociales italiennes. Plus de soixante ans après ce film, Bellocchio reste un observateur acéré de son pays, utilisant le cinéma pour interroger les tabous et les crises de la société. Avec *Portobello*, il prolonge cette démarche en explorant une affaire judiciaire qui a profondément marqué l’Italie des années 1980, tout en questionnant les mécanismes du pouvoir et de la justice.

