Avoir raison avec... H. G. Wells 1/5 : Le roman comme hypothèse
Créateur de la littérature d'anticipation au XIXᵉ siècle, H. G.
Herbert George Wells (1866–1946), surnommé H. G. Wells, était un écrivain britannique passionné par les sciences. Formé à la Normal School of Sciences de Londres sous la direction du biologiste Thomas Henry Huxley, un défenseur des théories de Charles Darwin, Wells maîtrisait les concepts scientifiques de son époque comme l'évolutionnisme, la physique et la chimie. Pourtant, plutôt que de publier des articles scientifiques, il a choisi d'écrire des romans. Ce choix n'était pas un abandon de la science, mais une volonté délibérée de la rendre accessible au grand public. Ses œuvres, comme La Guerre des mondes (1898), utilisent la fiction pour explorer des hypothèses scientifiques et anticiper des scénarios futurs, posant ainsi les bases d'un nouveau genre littéraire.
H. G. Wells est considéré, aux côtés de son contemporain français Jules Verne, comme l'un des pères fondateurs de la science-fiction. Avec des romans comme La Guerre des mondes (1898), il a introduit des éléments devenus emblématiques du genre : des extraterrestres envahisseurs, des technologies futuristes (comme les tripodes, machines de guerre martiennes), et des scénarios catastrophiques (comme l'invasion de la Terre par des Martiens). Ces motifs ont marqué l'imaginaire collectif et inspiré des générations d'auteurs. Selon Natacha Vas-Deyres, essayiste et présidente du Festival Hypermondes, Wells a littéralement « inventé le rapport avec la science, le voyage sur la Lune, les extraterrestres et la fin de notre planète » dans ses œuvres.
Pour Wells, le roman n'était pas un simple divertissement, mais un outil méthodique pour explorer des hypothèses scientifiques. Il utilisait la fiction comme un laboratoire où il pouvait tester des idées, des théories ou des scénarios sans les contraintes du monde réel. Par exemple, dans L'Homme invisible (1897), il explore les implications éthiques et sociales d'une invisibilité obtenue par la science. Cette approche permettait de rendre tangibles des concepts abstraits et de susciter une réflexion chez le lecteur. Wells s'inspirait directement des débats scientifiques de son époque, notamment ceux liés à l'évolutionnisme, pour construire des récits crédibles et percutants.
La rencontre de Wells avec Thomas Henry Huxley en 1884 a été déterminante dans sa carrière. Huxley, un darwinien convaincu, a transmis à Wells une vision moderne de la science et une volonté de faire évoluer les esprits vers de nouvelles idées. Cette influence se retrouve dans toute l'œuvre de Wells, où les théories scientifiques ne sont pas seulement des décors, mais des moteurs narratifs. Par exemple, La Machine à explorer le temps (1895) aborde des thèmes comme la sélection naturelle et l'évolution des sociétés, tout en proposant une réflexion sur le progrès et ses dangers. Wells cherchait ainsi à éveiller la curiosité scientifique du public tout en critiquant les excès de la modernité.
L'œuvre de H. G. Wells a marqué durablement la culture populaire et la littérature. Ses romans ont inspiré des adaptations cinématographiques, des séries télévisées et des œuvres de science-fiction ultérieures. Des concepts comme les extraterrestres, les voyages dans le temps ou les catastrophes mondiales trouvent leurs racines dans ses écrits. Aujourd'hui, des chercheurs comme **Natacha Vas-Deyres** soulignent que Wells a non seulement créé un genre, mais aussi une méthode : utiliser la fiction pour questionner le monde et anticiper l'avenir. Son approche, à la fois scientifique et littéraire, reste une référence pour comprendre comment la science-fiction peut être un outil de réflexion et de critique sociale.

