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Environnement

Algues vertes : l'État renforce la lutte... sans remettre en cause l'élevage

Reporterre · mis à jour il y a 2 j

La préfecture de Bretagne a annoncé, le 28 août, une nouvelle série de mesures pour renforcer la lutte contre les algues vertes dans la région. Sa décision fait suite à un recours en justice de l'association Eaux et rivières de Bretagne devant le tribunal administratif de Rennes.

Algues vertes en Bretagne

Les algues vertes, aussi appelées Ulves ou laitues de mer, sont des végétaux marins qui prolifèrent de manière excessive en Bretagne, notamment sur les côtes du nord et de l'ouest. Ce phénomène, appelé marée verte, est principalement causé par un excès de nutriments dans l'eau, notamment d'azote et de phosphore. Ces nutriments proviennent en grande partie des activités agricoles, en particulier de l'élevage intensif, dont les déjections animales (fumier, lisier) sont riches en azote. Les algues vertes se développent alors en masse, formant des couches épaisses qui peuvent atteindre plusieurs mètres de haut. Lorsqu'elles se décomposent sur les plages, elles dégagent un gaz toxique, le sulfure d'hydrogène, dangereux pour la santé humaine et l'environnement. La Bretagne est particulièrement touchée en raison de son agriculture intensive et de sa géographie côtière, avec des baies comme celle de Saint-Brieuc ou de Lannion régulièrement envahies.

Renforcement des mesures

En réponse à la persistance du phénomène des algues vertes, l'État français a annoncé un plan renforcé pour lutter contre leur prolifération. Ce plan prévoit notamment une augmentation des contrôles sur les élevages et les épandages de lisier, ainsi que des sanctions plus sévères en cas de non-respect des réglementations. Les pouvoirs publics entendent aussi accélérer la mise en place de solutions pour traiter les effluents agricoles, comme la méthanisation ou la création de zones tampons végétalisées. Cependant, ce renforcement des mesures s'inscrit dans une logique de gestion des symptômes plutôt que de remise en cause du modèle agricole breton, très dépendant de l'élevage intensif. Les objectifs de réduction des rejets d'azote restent modestes et ne remettent pas en cause les quotas actuels d'élevage dans la région.

Rôle de l'agriculture

L'agriculture bretonne, et plus particulièrement l'élevage porcin et avicole, est pointée du doigt comme la principale responsable de la pollution par les nitrates. La Bretagne concentre à elle seule près de 60 % de la production porcine française, avec environ 15 millions de porcs élevés chaque année. Les déjections animales, lorsqu'elles sont épandues en excès sur les terres agricoles, s'infiltrent dans les sols et rejoignent les nappes phréatiques ou les cours d'eau, contribuant à l'eutrophisation des milieux aquatiques. Les élevages génèrent également des effluents liquides, comme le lisier, dont le stockage et le traitement posent des défis majeurs. Malgré les alertes répétées des scientifiques et des associations environnementales, les pouvoirs publics évitent de remettre en cause ce modèle économique, pourtant critiqué pour son impact environnemental.

Limites des solutions

Les solutions proposées par l'État pour lutter contre les algues vertes restent limitées et souvent inefficaces à grande échelle. Parmi les mesures annoncées figurent le développement de zones de stockage temporaire pour le lisier, la création de bandes enherbées en bordure des cours d'eau pour filtrer les nitrates, ou encore l'encouragement à la méthanisation. Cependant, ces dispositifs sont coûteux et leur mise en œuvre est lente. Par exemple, le plan Breizh Bocage, visant à replanter des haies pour limiter le ruissellement des nitrates, n'a couvert que 10 % de l'objectif initial après dix ans. De plus, les aides financières allouées aux agriculteurs pour adopter des pratiques plus vertueuses sont jugées insuffisantes, et les contrôles restent rares. Enfin, les solutions techniques comme la méthanisation, bien que prometteuses, ne suffisent pas à absorber l'excédent de lisier produit en Bretagne.

Ce que ça pourrait changer

Le renforcement des mesures contre les algues vertes intervient dans un contexte politique tendu en Bretagne, où les intérêts économiques de l'élevage s'opposent aux exigences environnementales. Les acteurs locaux, comme la *Chambre d'agriculture de Bretagne* ou les coopératives agricoles, défendent un modèle productiviste et s'opposent souvent aux restrictions imposées par l'État ou l'Union européenne. Par exemple, en 2021, la Bretagne a obtenu un report de l'application de la *directive Nitrates* de l'UE, qui impose des limites plus strictes aux rejets d'azote. Les élus locaux, soucieux de préserver l'emploi dans le secteur agricole, privilégient des solutions consensuelles plutôt que des mesures radicales. Cette approche est critiquée par les associations écologistes, qui dénoncent un manque d'ambition dans la lutte contre la pollution.

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