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Philosophie

D’Aššur à WhatsApp : brève histoire de la téléprésence

AOC Media · mis à jour il y a 29 j

Fin de la conversation, épidémie de solitude, désocialisation : la critique du numérique se focalise sur la perte du contact véritable. Elle oublie que l'art de la présence à distance n'a pas commencé avec le smartphone.

Critique du numérique

L'article commence par souligner une critique récurrente du numérique qui associe les technologies modernes à une désocialisation croissante. Selon cette vision, les outils comme les smartphones ou les réseaux sociaux favoriseraient l'isolement, la disparition des conversations authentiques et une épidémie de solitude. Cette critique repose sur l'idée que la téléprésence – la capacité à être présent à distance grâce aux technologies – affaiblirait les liens humains. Le concept de téléprésence a été formalisé en 1980 par Marvin Minsky, chercheur au MIT, pour désigner cette présence virtuelle rendue possible par les machines. L'article cite des auteurs comme Sherry Turkle ou David Le Breton, qui dénoncent cette évolution, tout en notant que ces critiques omettent une dimension historique : l'art de communiquer à distance existe depuis bien plus longtemps que les écrans tactiles.

Deux visions opposées

L'auteur présente une opposition classique entre deux postures face aux innovations technologiques : les apocalyptiques et les intégrés. Cette typologie, empruntée à Umberto Eco en 1964, distingue ceux qui voient dans les nouvelles technologies une menace pour la société (apocalyptiques) de ceux qui y voient un progrès inéluctable et bénéfique (intégrés). Les apocalyptiques, bien que parfois progressistes, cèdent à une vision catastrophiste des effets sociaux, comme la perte du contact humain. À l'inverse, les intégrés s'inscrivent dans la tradition des Lumières, considérant que le progrès technologique est porteur d'émancipation. Cette opposition se retrouve dès l'invention du télégraphe électrique en 1844, où les débats ont opposé ceux qui craignaient une déshumanisation à ceux qui y voyaient une révolution communicationnelle.

Téléprésence avant le numérique

L'article rappelle que la téléprésence n'est pas une invention récente. Dès l'Antiquité, les humains ont développé des méthodes pour rester en contact malgré la distance. Par exemple, les marchands d'Aššur (ville de Mésopotamie, actuelle Irak) utilisaient des tablettes d'argile pour échanger des informations commerciales et personnelles. Plus tard, la correspondance écrite, comme les lettres de Madame de Sévigné au XVIIe siècle, a permis de maintenir des liens affectifs ou intellectuels à distance. Ces pratiques montrent que l'art de la présence à distance a toujours existé, bien avant l'électricité ou Internet. L'auteur souligne que cette histoire longue invite à relativiser les craintes actuelles sur les réseaux sociaux, qui ne seraient que la dernière étape d'une évolution millénaire.

Rôle des messagers et correspondance

Avant l'ère des télécommunications, les messagers jouaient un rôle central dans la transmission des messages. Leur importance était telle que leur disparition progressive avec l'arrivée du télégraphe puis du téléphone a marqué un tournant dans l'histoire de la communication. La correspondance écrite, quant à elle, a connu son âge d'or au XIXe siècle, avec des millions de lettres échangées chaque année. Des chercheurs comme Roger Chartier ou Benoît Melançon ont étudié ces pratiques, montrant comment les lettres servaient à la fois de support émotionnel et de vecteur d'information. Ces exemples illustrent une constante : les humains ont toujours cherché à combler la distance, qu'elle soit géographique ou temporelle, par des moyens adaptés à leur époque.

Téléprésence moderne

Avec l'invention du télégraphe électrique en 1844, puis du téléphone et d'Internet, la téléprésence a pris une nouvelle dimension. Le terme lui-même a été forgé en 1980 par Marvin Minsky pour décrire cette capacité à être présent à distance grâce aux machines. Les technologies modernes, comme WhatsApp ou les réseaux sociaux, ne font que prolonger cette tradition en offrant des outils toujours plus performants pour communiquer instantanément. Cependant, l'auteur rappelle que ces innovations s'inscrivent dans une histoire bien plus ancienne, où chaque avancée technologique a suscité à la fois de l'enthousiasme et de la méfiance. La téléprésence moderne n'est donc pas une rupture, mais l'aboutissement d'un processus continu.

Ce que ça pourrait changer

L'article invite à nuancer les critiques actuelles sur le numérique. Si les réseaux sociaux et les smartphones sont souvent accusés de favoriser l'isolement, ils s'inscrivent en réalité dans une longue tradition de communication à distance. Les lettres, les messagers ou le télégraphe ont eux aussi été critiqués pour leurs effets supposés néfastes sur les relations humaines. Plutôt que de condamner ces technologies, l'auteur suggère de les replacer dans leur contexte historique. Cela permet de comprendre que la téléprésence, qu'elle soit ancienne ou moderne, répond à un besoin humain fondamental : rester en contact malgré la distance. Les craintes actuelles ne seraient alors que la répétition d'un débat récurrent depuis plus d'un siècle.

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