Les pendus du Niolu, une histoire au cœur de la Corse 1/2 : Résistants d’un autre temps
Dans la vallée du Niolu, l’année 1774 est longtemps restée connue comme “l’année du malheur”. À la suite d’un soulèvement, une soixantaine de Niolins sont arrêtés et jugés pour rébellion contre le roi de France.
En 1774, la Corse est sous domination française depuis seulement cinq ans, après la défaite des indépendantistes corses lors de la bataille de Ponte Novu en 1769. Cette période marque le début d’une résistance organisée contre l’occupation française. La vallée du Niolu, située au cœur de l’île et entourée de montagnes, est considérée comme un bastion de cette résistance. Elle est surnommée la citadelle de la liberté en raison de son inaccessibilité et de son rôle historique comme refuge pour les partisans corses face aux envahisseurs génois, maures ou français. En 1774, cette vallée devient le théâtre d’un événement tragique qui marquera durablement les mémoires locales.
En 1774, environ 400 résistants corses se réunissent dans la vallée du Niolu avec pour objectif de prendre le port stratégique d’Île-Rousse, alors sous contrôle français. Ce soulèvement s’inscrit dans la continuité de la lutte pour l’indépendance de la Corse, qui avait abouti à la création d’une République corse indépendante après la révolte contre Gênes. Cependant, les troupes françaises, mieux équipées et organisées, parviennent à mettre fin à cette rébellion. Les autorités françaises décident alors de frapper un grand coup pour dissuader toute nouvelle velléité de révolte dans la région.
En juin 1774, les troupes françaises, accompagnées de soldats du régiment provincial corse (une unité locale combattant pour la France), pénètrent dans la vallée du Niolu. Environ soixante habitants sont arrêtés et jugés pour rébellion contre le roi de France. Les officiers français, manquant de temps ou de moyens logistiques, décident d’une répression rapide et exemplaire. Le 23 juin 1774, onze hommes sont pendus sur-le-champ, chacun devant son village. Cette méthode vise à terroriser la population et à briser toute velléité de résistance future. Les corps ne sont pas enterrés, en violation des traditions locales, pour renforcer l’effet dissuasif.
La vallée du Niolu est une région montagneuse et isolée de Corse, située au pied des plus hauts sommets de l’île, comme le Monte Cinto. Elle est souvent décrite comme une île dans l’île en raison de son isolement géographique et de son identité culturelle forte. Cette vallée a joué un rôle clé dans l’histoire corse en servant de refuge aux résistants contre les envahisseurs successifs. Le village de Calacuccia, où se trouvait le couvent utilisé comme lieu de jugement, est au cœur de cette histoire. Aujourd’hui, des plaques commémoratives rappellent cet événement tragique.
La pendaison des onze Niolins en 1774 s’inscrit dans une stratégie politique et militaire plus large de la France. L’objectif était de mater toute velléité d’indépendance en Corse et d’affirmer l’autorité du roi de France sur l’île. Cette répression brutale reflète les méthodes utilisées sous le règne de Louis XV, où les châtiments publics servaient à dissuader les révoltes. Les autorités françaises espéraient ainsi éviter de futurs soulèvements en montrant la fermeté de leur pouvoir. Cependant, cette décision a aussi alimenté la résistance et renforcé l’identité nationale corse.
Plusieurs personnalités et institutions sont mentionnées dans cet épisode. Jean-Paul Luciani, ancien directeur des programmes chez ICI RCFM, a réalisé un travail de recherche sur cet événement. Jean-Pierre Poli, avocat et essayiste, ainsi que Jean-Baptiste Castellani, ancien maire de Calacuccia, apportent leur éclairage sur ce drame. Antoine-Marie Graziani, historien spécialiste de la Corse, participe également aux discussions. Du côté des sources historiques, des ouvrages comme Le procès des Niolins 1774 de François Flori ou 1769-1789 : vingt ans de résistance en Corse de Jean-Pierre Poli documentent cet épisode.
Aujourd’hui, la mémoire des *pendus du Niolu* reste vivante en Corse. Une plaque commémorative a été apposée devant le couvent de Calacuccia, lieu de leur jugement. Cet événement est évoqué dans des œuvres littéraires comme *La ballade du pendu du Niolu* de Lucrèce Luciani ou *Musa Chi parte da Corscia* de Jean-Luc Luciani. Ces récits contribuent à perpétuer le souvenir de ces résistants et à transmettre leur histoire aux générations futures. La vallée du Niolu, avec ses paysages sauvages et son histoire mouvementée, reste un symbole de la lutte pour la liberté en Corse.

