H: Hashtag … #balance ton dièse !
La francisation des termes du numérique, ça peut mener à quelques … absurdités, osons le dire pour le mot-dièse. Analyse et explications de Yves Bertrand qui continue ici un alphabestiaire du numérique, pour nous aider à naviguer entre ces nouveaux mots, avec la complicité graphique de Frédéric Havet.
En 2013, la Commission générale de terminologie et de néologie, une institution française chargée de proposer des équivalents français aux termes étrangers, a suggéré de traduire le mot anglais hashtag par mot-dièse. Cette proposition reposait sur deux erreurs majeures. D’abord, elle confondait le symbole # (appelé hash en anglais) avec le dièse (♯), un caractère musical utilisé pour indiquer une altération d’un demi-ton. Le hash est représenté par une petite échelle aux barreaux horizontaux, tandis que le dièse a des barreaux obliques et un code Unicode différent. Ensuite, la commission a traduit littéralement le terme hashtag sans en saisir le sens global, comme si on traduisait l’expression anglaise it’s raining cats and dogs par il pleut des chats et des chiens au lieu de il pleut des cordes. Cette approche a été largement critiquée, y compris sur les réseaux sociaux avec le hashtag moqueur #motdiese.
Le symbole # (hash) et le caractère ♯ (dièse) sont souvent confondus, mais ils ont des usages et des représentations distinctes. Le hash (#) est un symbole formé de deux lignes horizontales parallèles et de deux lignes verticales, utilisé en informatique pour marquer des mots-clés dans les messages des réseaux sociaux. Il est appelé hash en anglais et possède son propre code dans la norme Unicode, qui standardise les caractères numériques. Le dièse (♯), quant à lui, est un symbole musical qui indique une note légèrement plus haute. Il a été utilisé dans le nom du langage de programmation C♯ (C sharp), où sharp signifie dièse en anglais. Cette confusion a conduit la commission française à proposer une traduction erronée, alors que le hashtag est un concept bien spécifique lié à l’usage du symbole # sur les plateformes numériques.
Malgré la tentative de la commission française en 2013, le terme mot-dièse n’a jamais réussi à s’imposer pour désigner le hashtag. Dès 2017, le hashtag #balancetonporc a connu un succès mondial, suivi de près par #metoo, qui a marqué un tournant dans la lutte contre les violences sexuelles. Ces hashtags ont démontré l’importance du symbole # dans la visibilité des messages sur les réseaux sociaux. Le terme hashtag est si court, universel et ancré dans les usages qu’aucune traduction française, comme mot-clé ou mot-clic (terme utilisé au Québec), n’a pu rivaliser. Les dictionnaires français ont finalement intégré le mot hashtag sans reconnaître mot-dièse, confirmant l’échec de cette francisation.
Les hashtags jouent un rôle clé dans la diffusion et la visibilité des messages sur les réseaux sociaux. Ils permettent de regrouper des contenus autour d’un même thème et d’augmenter leur portée. Certains hashtags deviennent même des marques déposées, comme #maga (Make America Great Again), qui a renforcé la notoriété du slogan politique. Les hashtags peuvent aussi être détournés ou répondus, comme lorsque le président ukrainien a utilisé #MakeRussiaSmallAgain en réponse à #maga. Ils servent d’outils de communication, qu’il s’agisse de mouvements sociaux (#metoo, #blacklivesmatter) ou de messages de haine (#UnBonJuif, #LaRafle). Leur impact est tel que certains les considèrent comme des armes communicantes, capables de libérer la parole ou, au contraire, de propager des discours dangereux.
Le terme *hashtag* est aujourd’hui si répandu et si pratique qu’aucune traduction française ne parvient à le remplacer. Des alternatives comme *mot-dièse* ou *mot-clé* sont soit trop longues, soit trop générales pour capturer la spécificité du symbole # suivi d’un mot-clé cliquable. Le mot *hashtag* est reconnu internationalement et intégré dans les dictionnaires français, ce qui en fait le terme le plus adapté. Les tentatives de francisation, comme celle de la commission française en 2013, ont échoué en raison de leur manque de pertinence et de leur complexité. L’article propose donc de promouvoir l’usage du terme *hashtag* et de rejeter les traductions françaises, en encourageant l’utilisation du hashtag **#balancetondiese** pour dénoncer ces erreurs linguistiques.

