Des patients atteints de perte de cheveux sévère ont retrouvé jusqu’à 100 % de leur pilosité grâce à un médicament déjà utilisé contre d’autres maladies
Prescrit normalement contre l'arthrite, ce médicament a fait repousser les cheveux de patients atteints d'alopécie avancée..
L'alopécie areata, aussi appelée pelade, est une maladie auto-immune qui provoque une perte brutale et localisée des cheveux ou des poils, sans altération de la peau. Environ 2 % de la population mondiale en est touchée, aussi bien les hommes que les femmes. Contrairement à d'autres formes de calvitie, le cheveu n'est pas détruit définitivement, mais le follicule pileux, qui produit le cheveu, est attaqué par le système immunitaire. Cette maladie est classée comme auto-immune, comme le diabète de type 1 ou la sclérose en plaques. Bien que la repousse soit théoriquement possible, les traitements existants sont souvent peu nombreux ou peu efficaces, ce qui rend cette condition particulièrement difficile à vivre pour les patients.
L'upadacitinib est un médicament déjà utilisé en rhumatologie pour traiter des maladies inflammatoires comme la polyarthrite rhumatoïde, l'arthrite juvénile ou la dermatite atopique. Il appartient à une famille de molécules appelées inhibiteurs de JAK (Janus Kinase), qui agissent en bloquant des enzymes messagères dans les cellules. Ces enzymes, les JAK, jouent un rôle clé dans la transmission des signaux inflammatoires. En inhibant leur action, l'upadacitinib réduit l'inflammation et, dans le cas de l'alopécie areata, limite l'attaque du système immunitaire contre les follicules pileux. Ce médicament est commercialisé sous le nom de Rinvoq® par le laboratoire américain AbbVie.
Deux essais cliniques de phase III, menés en parallèle sur 1 399 patients âgés de 12 à 64 ans et atteints d'une forme sévère d'alopécie areata, ont évalué l'efficacité de l'upadacitinib. Pendant 24 semaines, les participants ont reçu soit 15 mg ou 30 mg du médicament, soit un placebo. Les résultats sont remarquables : 55 % des patients sous la dose la plus élevée ont retrouvé au moins 80 % de leur chevelure, contre seulement 2,5 % dans le groupe placebo. Plus impressionnant encore, entre 13 % et 22,5 % des patients traités ont récupéré l'intégralité de leurs cheveux. Les chercheurs notent que les effets bénéfiques étaient visibles dès la huitième semaine de traitement, avec un rapport bénéfice-risque jugé favorable.
L'upadacitinib agit en bloquant les enzymes JAK, qui sont des messagers intracellulaires. Ces enzymes transmettent des signaux au système immunitaire pour qu'il réagisse à des menaces, comme des infections. Dans le cas de l'alopécie areata, le système immunitaire attaque par erreur les follicules pileux, ce qui empêche la repousse des cheveux. En inhibant les JAK, le médicament réduit cette réaction auto-immune et permet aux follicules de se régénérer. D'autres molécules de la même famille avaient déjà été testées pour cette indication, mais l'upadacitinib est celle qui a donné les résultats les plus convaincants à ce jour, tant en termes de rapidité d'action que de proportion de patients répondant au traitement.
Malgré ces résultats prometteurs, il est important de rester prudent. Les essais cliniques n'ont duré que six mois et ont été financés par AbbVie, le laboratoire qui commercialise l'upadacitinib. De plus, certains des chercheurs ayant publié l'étude sont salariés de cette entreprise, ce qui est une pratique courante dans les essais cliniques mais peut introduire un biais. Pour confirmer définitivement l'efficacité et la sécurité du traitement, il sera nécessaire que d'autres équipes de recherche, indépendantes d'AbbVie, reproduisent ces résultats. Sans cette validation indépendante, il est prématuré de parler d'une solution définitive contre l'alopécie areata.
Cette découverte ouvre une nouvelle voie pour les patients souffrant d'alopécie areata sévère, une maladie pour laquelle les options thérapeutiques étaient jusqu'à présent limitées. Si les résultats sont confirmés par des études indépendantes, l'upadacitinib pourrait devenir un traitement de référence, offrant une repousse complète ou quasi complète des cheveux à une partie significative des patients. Cependant, il reste à déterminer si les effets bénéfiques se maintiennent sur le long terme et si le traitement est adapté à tous les profils de patients, notamment les plus jeunes ou ceux présentant des comorbidités. Les chercheurs soulignent également la nécessité de poursuivre les recherches pour optimiser les doses et évaluer les éventuels effets secondaires à long terme.

