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L’épée truquée de Boris Onischenko, la controverse oubliée de 1976

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 18 j

L’une des controverses les plus invraisemblables de l’histoire olympique s’est déroulée à Montréal..

Épreuve truquée à Montréal

Le 19 juillet 1976, lors des Jeux olympiques de Montréal, un scandale éclate lors d’une épreuve d’escrime du pentathlon moderne. Boris Onischenko, un athlète soviétique, est disqualifié après avoir utilisé une épée modifiée. Cette arme contenait un bouton caché dans la poignée, permettant de déclencher artificiellement le signal électronique de touche sans toucher l’adversaire. Le pentathlon moderne est une discipline combinant cinq épreuves : l’escrime, la natation, l’équitation, le tir et la course à pied. À l’époque, les systèmes électroniques enregistraient les touches, mais l’absence de vérification visuelle immédiate rendait cette tricherie possible. Onischenko a été démasqué par l’équipe britannique, qui a remarqué des touches enregistrées alors que son épée ne touchait pas les adversaires. Cette affaire reste l’une des tricheries les plus invraisemblables de l’histoire olympique, en raison de la méthode employée et de son caractère flagrant.

Motivations troubles d’Onischenko

Boris Onischenko, médaillé d’argent en 1972 au pentathlon moderne, visait en 1976 une médaille d’or individuelle, sa dernière chance de briller aux Jeux. En Union soviétique, les performances sportives influençaient directement les avantages sociaux : une médaille olympique augmentait la pension de retraite et offrait des bonus significatifs. Jean Lévesque, professeur d’histoire spécialiste du sport soviétique, souligne que ces incitations financières et symboliques (comme le titre de Maître émérite du sport) pouvaient pousser les athlètes à tricher. Pourtant, Onischenko excellait déjà dans l’escrime, une des cinq épreuves du pentathlon. Les archives montrent qu’après sa disqualification, il a remporté huit de ses neuf combats avec une épée conforme, confirmant son niveau réel. Son comportement désinvolte et les écarts visibles entre son épée et ses adversaires ont également éveillé les soupçons avant même la découverte de la tricherie.

Rôle clé des Britanniques

L’équipe britannique, menée par Jim Fox, a joué un rôle central dans la détection de la fraude. Lors d’un tournoi préolympique à Londres, les Britanniques avaient déjà remarqué des anomalies avec l’épée d’Onischenko, mais sans preuve suffisante pour porter plainte. Ils ont analysé les vidéos et observé des touches enregistrées alors que l’épée ne touchait pas l’adversaire. Aux Jeux de Montréal, ils ont attendu d’être certains de la tricherie avant d’agir. Leur intervention a conduit à la disqualification immédiate d’Onischenko et à l’élimination de toute l’équipe soviétique, car les points du pentathlon comptent à la fois pour le classement individuel et pour le relais en équipe. Ironiquement, les Britanniques ont remporté la compétition par équipe peu après. Leur réaction rapide contraste avec l’absence de protestation soviétique, soulignant l’évidence de la fraude.

Réaction soviétique radicale

La délégation soviétique a condamné publiquement Onischenko après sa disqualification, qualifiant ses actes de tristes et inacceptables. Les autorités soviétiques ont agi avec fermeté pour préserver l’image du pays, notamment en vue des Jeux de Moscou en 1980, que l’URSS devait accueillir. Onischenko a été privé de tous ses honneurs : son titre de Héros du travail, son statut de Maître émérite du sport, et son exclusion du Parti communiste. Ces titres soviétiques étaient prestigieux et s’accompagnaient d’avantages matériels, comme une pension permettant de continuer à s’entraîner ou de vivre décemment. Pourtant, malgré cette disgrâce publique, Onischenko a bénéficié d’une réinsertion discrète dès 1977, nommé directeur d’un institut scientifique et sportif à Kiev, lié au Dynamo Kiev. Il a occupé ce poste pendant 30 ans, suggérant une forme de protection ou d’accord tacite avec les autorités.

Débats sur complicité ou pardon

La suite de la carrière d’Onischenko soulève des questions sur l’implication de l’État soviétique dans sa tricherie. Bien qu’il ait toujours nié être l’auteur de l’épée truquée, des éléments troublent : il était le seul gaucher de son équipe, composée de droitiers, ce qui rendait son arme facilement identifiable. Jean Lévesque, professeur d’histoire, émet l’hypothèse d’une complicité indirecte. L’URSS, ne pouvant défendre publiquement un tricheur, l’a sacrifié pour sauver sa réputation internationale, avant de le « recaser » discrètement. Les décorations lui ont été retirées pour montrer qu’il s’agissait d’un cas isolé, mais il a conservé un emploi à vie et une pension. Cette ambiguïté laisse planer le doute sur une possible implication institutionnelle, même si aucune preuve formelle ne l’atteste.

Ce que ça pourrait changer

L’affaire Onischenko, bien que l’une des plus flagrantes de l’histoire olympique, est aujourd’hui largement oubliée. Pourtant, elle illustre les pressions extrêmes subies par les athlètes soviétiques, où la réussite sportive était liée à des avantages sociaux et politiques majeurs. Onischenko, aujourd’hui âgé de près de 90 ans, a vécu une vie confortable après sa disgrâce, grâce à son poste à Kiev. Son cas pose des questions sur l’éthique sportive et les limites de la tricherie, même dans un contexte où les enjeux étaient colossaux. Le scandale a aussi montré la capacité des fédérations à étouffer ou à gérer discrètement les affaires embarrassantes, tout en maintenant une façade de probité. Aujourd’hui, cette histoire reste un exemple extrême des dérives possibles dans le sport de haut niveau, où la victoire peut primer sur l’intégrité.

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