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Il y a 2000 ans, les victimes du Vésuve vivaient au bord de la mer mais mangeaient peu de poisson : leurs os révèlent leur régime inattendu

Science & Vie · mis à jour il y a 20 j

Sur la baie de Naples, on imagine volontiers des tables romaines couvertes de poissons et de coquillages. Les ossements des victimes du Vésuve racontent autre chose.

Pompéi, ville côtière antique

Il y a environ 2000 ans, la région autour du Vésuve, en Italie actuelle, abritait des villes prospères comme Pompéi, situées directement en bord de mer. Ces cités étaient donc géographiquement bien placées pour profiter des ressources marines, notamment des poissons. Pourtant, une étude récente révèle que les habitants de ces villes consommaient très peu de poisson, contrairement à ce que l’on pourrait imaginer. Cette découverte surprenante a été possible grâce à l’analyse des os de victimes de l’éruption du Vésuve en 79 après J.-C., qui a détruit Pompéi et Herculanum. Les scientifiques ont utilisé des techniques d’archéologie isotopique pour reconstituer le régime alimentaire de ces populations.

Méthode scientifique clé

Pour déterminer ce que mangeaient les habitants de Pompéi, les chercheurs ont analysé les isotopes de carbone et d’azote présents dans les os des victimes. Les isotopes sont des variantes d’un même élément chimique qui diffèrent par leur nombre de neutrons. En mesurant les proportions de ces isotopes, les scientifiques peuvent retracer l’alimentation d’un individu sur plusieurs années. Par exemple, une forte concentration d’isotopes d’azote indique une consommation importante de protéines animales, tandis que des isotopes de carbone permettent de distinguer les sources végétales (comme les céréales) des sources marines (comme les poissons). Cette méthode, appelée analyse isotopique, est non invasive et très précise.

Résultats surprenants

Les analyses ont montré que les habitants de Pompéi et des villes voisines consommaient très peu de produits marins, malgré leur proximité avec la mer. Les os révèlent une alimentation principalement basée sur des céréales (comme le blé ou l’orge), des légumineuses, et des protéines animales terrestres (viande de porc, de bœuf ou de volaille). Les poissons, coquillages et autres produits de la mer ne représentaient qu’une infime partie de leur régime. Cette découverte contredit l’idée reçue selon laquelle les populations côtières antiques dépendaient massivement des ressources marines pour se nourrir.

Explications possibles

Plusieurs hypothèses pourraient expliquer ce régime alimentaire inattendu. D’abord, les techniques de pêche de l’époque étaient peut-être moins développées qu’on ne le pense, limitant l’accès aux poissons. Ensuite, les habitants de Pompéi privilégiaient peut-être d’autres sources de protéines, comme l’élevage ou l’agriculture, plus faciles à contrôler et à stocker. Enfin, des raisons culturelles ou religieuses pourraient avoir joué un rôle : certains poissons étaient peut-être considérés comme impurs ou réservés à des occasions spéciales. Les chercheurs soulignent que cette étude ouvre de nouvelles pistes pour comprendre les habitudes alimentaires des sociétés antiques.

Ce que ça pourrait changer

Cette étude illustre comment l’archéologie moderne, combinée à des techniques scientifiques avancées, peut révéler des aspects méconnus des sociétés passées. En analysant les os de 170 victimes de l’éruption du Vésuve, les chercheurs ont pu reconstituer leur alimentation avec une précision inédite. Ces travaux montrent aussi que les populations antiques, même situées en bord de mer, ne dépendaient pas systématiquement des ressources marines. Cette découverte remet en question certains stéréotypes sur les régimes alimentaires des civilisations anciennes et souligne la complexité des modes de vie passés.

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