La mémoire des vaincus : histoires intimes de la guerre d'Espagne 7/25 : L'enfer du port d'Alicante : "Ce que nous avons vécu, c'est indescriptible"
Alors que la Guerre d'Espagne touche à sa fin, le port d'Alicante devient en mars 1939 le théâtre d'un drame humain. Entre espoirs brisés des républicains, blocus et répression franquiste, cet épisode fait le récit d'une souricière qui a marqué à jamais la mémoire des vaincus..
En mars 1939, alors que la Guerre d'Espagne touche à sa fin, la ville portuaire d'Alicante, située sur la côte méditerranéenne au sud de Valence, devient le théâtre d'un drame humain majeur. Cette cité, majoritairement républicaine, avait déjà subi un bombardement dévastateur en mai 1938. À cette époque, l'Espagne est divisée entre les forces républicaines, soutenues par une partie de la population et des milices, et les nationalistes de Franco, appuyés par l'Allemagne nazie et l'Italie fasciste. La guerre civile espagnole (1936-1939) s'achève par la victoire des nationalistes, marquant le début d'une longue dictature franquiste.
En mars 1939, des milliers de républicains se rassemblent dans le port d'Alicante avec l'espoir de fuir vers l'Afrique du Nord par bateau pour échapper à la répression franquiste. Cependant, ce projet est rapidement réduit à néant par un blocus imposé par les forces nazies et fascistes italiennes, qui contrôlent les accès au port. Les républicains se retrouvent piégés, sans possibilité de s'échapper. Seul un navire britannique, le Stanbrook, parvient à appareiller avec plus de 2 500 passagers à son bord, grâce à l'audace de son capitaine, Archibald Dickson. Ce dernier acte de solidarité reste exceptionnel dans ce contexte de désespoir.
Les républicains restés à Alicante sont livrés sans défense à la répression des forces franquistes et de leurs alliés. La violence est systématique : arrestations arbitraires, exécutions sommaires et internements dans des camps de concentration. Paquita Merchan, militante de la CNT (Confédération nationale du travail, un syndicat anarchiste espagnol), témoigne de ces trois derniers jours d'horreur. Son récit illustre l'ampleur de la tragédie : des milliers de personnes sont prises au piège, sans issue, dans un espace réduit. La répression s'abat sans pitié, marquant à jamais la mémoire des survivants.
Paquita Merchan, ancienne combattante républicaine et militante de la CNT, a vécu ces événements de l'intérieur. Elle décrit un territoire minuscule de la République, Alicante, devenu une souricière mortelle. Son témoignage, recueilli dans cet épisode, met en lumière l'absurdité et l'horreur de la situation : des familles entières, des combattants, des civils, tous piégés dans un port sous blocus, avec la certitude de tomber entre les mains des franquistes. Ses mots, « Ce que nous avons vécu, c'est indescriptible », résument l'ampleur de la souffrance endurée.
Le Stanbrook est le seul navire à avoir réussi à évacuer des républicains d'Alicante. Parti le 28 mars 1939, il transporte plus de 2 500 personnes vers l'Algérie, alors sous domination française. Ce bateau, commandé par le capitaine Archibald Dickson, incarne un dernier espoir pour les fuyards. Son départ est un acte de bravoure dans un contexte où la plupart des ports espagnols sont sous contrôle franquiste ou bloqués par les forces de l'Axe. Cet épisode reste un symbole de résistance et de solidarité internationale face à la barbarie.
Les conséquences de ces événements sont dramatiques. Les républicains restés à Alicante subissent une répression féroce : exécutions, emprisonnements et exils forcés. Beaucoup disparaissent dans les camps de concentration franquistes ou sont envoyés dans des prisons. Ceux qui parviennent à fuir, comme les passagers du *Stanbrook*, doivent reconstruire leur vie dans l'exil, souvent en France ou en Amérique latine. La mémoire de ces victimes, comme Paquita Merchan, devient un symbole de la lutte pour la liberté et de la résistance face à la dictature.

