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Culture

Crises en série : où est l'horizon ?

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 29 j

Les crises se multiplient. Sébastien Lecornu promet des réponses, limitées.

Multiplication des crises

En octobre 2026, la France fait face à une accumulation de crises simultanées. Sébastien Lecornu, alors Premier ministre, évoque quatre enjeux majeurs : la crise des lycées avec des mouvements de protestation, la hausse des prix de l'énergie, la précarité du secteur agricole et la dette publique. Ces problèmes, bien que distincts, s'entremêlent et s'aggravent mutuellement. Lecornu admet que son gouvernement passe davantage de temps en cellule de crise (équipes dédiées à la gestion des urgences) qu'en conseil des ministres (réunions régulières du gouvernement). Cette situation reflète une difficulté récurrente : les dirigeants réagissent souvent dans l'urgence, avec des mesures temporaires, plutôt que de proposer des solutions structurelles. Le texte souligne que ces crises ne sont pas nouvelles mais ressurgissent régulièrement, comme si elles étaient traitées de manière superficielle avant de réapparaître plus tard.

Manque de temps politique

L'article met en lumière un décalage fondamental entre les échelles de temps des crises et celles de la politique. Sébastien Lecornu, comme d'autres dirigeants, dispose d'un horizon temporel très court : quelques mois avant l'élection présidentielle de 2027. Or, les solutions aux crises actuelles nécessitent des années, voire des décennies, pour être efficaces. Par exemple, réduire la dépendance aux énergies fossiles ou transformer le modèle agricole demande des investissements et des réformes profondes. L'auteur cite l'expression tragédie des horizons, inventée en 2015 par Mark Carney, alors gouverneur de la Banque d'Angleterre. Ce concept désigne l'incapacité des systèmes politiques et économiques à anticiper des problèmes dont les conséquences ne se manifestent que sur le long terme, comme le changement climatique. Carney soulignait que les horizons politiques (quelques années) sont bien plus courts que ceux des enjeux climatiques (plusieurs décennies), rendant toute action préventive difficile.

Crises oubliées et résurgence

L'article explique que les crises actuelles, bien que graves, ne sont pas des phénomènes inédits. Elles ont des racines anciennes et réapparaissent régulièrement, souvent après avoir été temporairement mises de côté. Par exemple, la crise agricole est liée à un modèle économique qui ne garantit pas des revenus suffisants aux agriculteurs, un problème qui persiste depuis des années. De même, la dépendance aux énergies fossiles, responsable des fluctuations des prix du carburant, est un enjeu connu depuis des décennies. La canicule de l'été 2025 en France, qui a causé 8 000 morts, illustre cette tendance : après un pic médiatique, le sujet a rapidement disparu de l'agenda politique. L'auteur souligne que cette mémoire sélective empêche une résolution durable des problèmes, car les solutions à long terme sont rarement prioritaires dans un contexte où l'attention se porte sur l'immédiat.

Solutions structurelles absentes

Face à ces crises, les réponses apportées par le gouvernement restent limitées et souvent conjoncturelles. Sébastien Lecornu, comme ses prédécesseurs, propose des mesures d'urgence pour apaiser les tensions, mais ces solutions ne s'attaquent pas aux causes profondes des problèmes. Par exemple, pour la crise énergétique, des aides ponctuelles sont distribuées, mais aucune stratégie globale de transition énergétique n'est mise en place. De même, pour l'agriculture, des subventions sont accordées, sans remettre en cause le modèle économique actuel. L'article souligne que ces approches temporaires ne suffisent pas à résoudre des crises qui nécessitent des transformations majeures, comme la réduction des émissions de CO2 ou la refonte des systèmes de production alimentaire. Sans une vision à long terme, les problèmes ressurgissent inévitablement, créant un cycle de crises récurrentes.

Ce que ça pourrait changer

L'auteur conclut en soulignant l'importance de retrouver un *horizon* politique, c'est-à-dire une vision à long terme qui donne du sens et de l'espoir. Les crises actuelles, bien que angoissantes, ne doivent pas occulter la nécessité de penser l'avenir. Par exemple, le changement climatique, bien que souvent relégué au second plan, reste un enjeu majeur qui nécessite des actions immédiates pour éviter des conséquences dramatiques dans les décennies à venir. L'article suggère que les dirigeants, comme les citoyens, doivent se projeter au-delà des échéances électorales pour construire des politiques durables. Sans cette perspective, la politique se réduit à une gestion de l'urgence, sans capacité à inspirer ou à transformer la société. L'horizon, même lointain, est essentiel pour donner une direction et motiver l'action collective.

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